De Tunis au Caire, de Dakar à Paris… Refusons de payer la dette !

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Dans les pays du Sud comme dans ceux du Nord, la dette publique est à l’origine de la pauvreté et des attaques contre les populations. Son annulation doit être au cœur des mobilisations à venir.

Dans sa déclaration du 11 février au Forum social mondial à Dakar, l’Assemblée des mouvements sociaux affirme : « Nous continuons à nous mobiliser pour l’annulation inconditionnelle de la dette publique de tous les pays du Sud. Nous dénonçons également, dans les pays du Nord, l’utilisation de la dette publique pour imposer aux peuples des politiques injustes et antisociales ».
Le lendemain, à l’occasion du congrès du NPA, les organisations internationales présentes adoptaient une déclaration en solidarité avec les révolutions tunisienne et égyptienne qui se conclut ainsi : « Chacun dans nos pays, nos régions, nous engageons à développer cette solidarité, notamment pour combattre les attaques que mènent d’ores et déjà les institutions et les groupes capitalistes internationaux pour empêcher tout prolongement social et économique de ces révolutions naissantes et à s’appuyer sur cet exemple magnifique pour stimuler les mobilisations contre la dette et les exigences du FMI. »
La dette est bien au cœur de la crise capitaliste, c’est pour cette raison qu’elle est au cœur des exigences des peuples, des révolutions au Maghreb, des mobilisations contre l’austérité en Europe. 
La chute de Ben Ali a été celle d’une dictature outil des diktats des institutions de la mondialisation capitaliste, qu’elles aient pour nom FMI, OMC, Commission européenne ou G8. En Tunisie comme ailleurs, le mécanisme de la dette siphonne la richesse en direction des créanciers c’est-à-dire des banquiers. De 1990 à 2008, le service de la dette a englouti plus de 18,5 milliards d’euros. Cependant, malgré cette saignée, l’encours de la dette a été multiplié par 3,7 au cours de cette même période, et par plus de 17 depuis 1980. Très concrètement, le service de la dette accapare chaque année l’équivalent de 5,6 budgets consacré à la santé.
En Égypte, depuis que Moubarak est devenu président en 1981, le peuple a remboursé l’équivalent de 68,5 milliards de dollars au titre de la dette externe. Pourtant, dans le même temps, elle n’a cessé d’augmenter, passant de 22 à 33 milliards de dollars.
La dette est un puits sans fond, que les peuples sont condamnés à tenter de remplir avec leur sueur, leur sang, leurs larmes. 
Il existe une vieille doctrine du droit international – pas particulièrement anticapitaliste –, dite de la dette odieuse. « Si un pouvoir despotique contracte une dette non pas pour les besoins et dans les intérêts de l’État, mais pour fortifier son régime despotique, pour réprimer la population qui le combat, etc., cette dette est odieuse pour la population de l’État entier […]. Cette dette n’est pas obligatoire pour la nation ; c’est une dette de régime, dette personnelle du pouvoir qui l’a contractée, par conséquent elle tombe avec la chute de ce pouvoir. » Si ce texte ne datait pas de 1927 (!) on jurerait qu’il a été écrit en pensant à Ben Ali, Moubarak et quelques autres ! 
Oui, ces dettes sont « odieuses » et les peuples tunisien et égyptien ont toute légitimité à refuser de les payer et au-delà à exiger la levée de tous les secrets bancaires et financiers pour démasquer et poursuivre les complices des dictateurs déchus. Car si les « détrônés » sont corrompus, c’est qu’il existe des corrupteurs, et ceux-là sont encore bien en place ! L’attitude des agences de notation qui dégradent la note de la Tunisie montre une fois de plus que les financiers préfèrent une dictature qui protège les intérêts spéculateurs à la libération d’une population opprimée et spoliée.
Mais l’annulation de la dette n’est pas (seulement) une question de solidarité, c’est une exigence commune des peuples qui doit cimenter une vaste mobilisation internationale.
En France, le remboursement de la dette représente 37 % des dépenses publiques, trois fois le budget de l’enseignement. C’est au nom de la dette que le gouvernement détruit la protection sociale et les services publics… Ici aussi, de 1995 à 2011, le capital emprunté a déjà été remboursé 4,6 fois et il en reste encore trois fois plus à rembourser. Ici aussi la dette est illégitime, car elle est creusée par les cadeaux fiscaux aux entreprises et aux plus riches, et par le sauvetage des banques en faillite avec l’argent public.
Une mobilisation internationale pour l’annulation de la dette est à l’ordre du jour. Cette exigence sera au cœur de plusieurs campagnes dans les mois à venir, en solidarité avec les révolutions arabes, contre les sommets des G8 et G20, en défense du droit aux soins….
Christine Poupin