Grèce, après la grève

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Après la grève très suivie du 20 mai, les perspectives d’une mobilisation unitaire semblent renvoyées aux calendes grecques.

Même si les avions volaient (les contrôleurs du ciel n’ont pas fait grève, pour ne pas entraver le tourisme, à la suite de la campagne alarmiste du gouvernement), la nouvelle grève générale du 20 mai a été quasiment aussi suivie que celle du 5 mai : cela en dit long sur la colère de la population. Les manifs dans toutes les villes du pays étaient très fortes et à Athènes, le cortège principal a rassemblé bien au-delà de 50 000 personnes.
En plus de la bataille contre les mesures déjà votées, la confédération du privé GSEE et la Fédération du secteur public Adedy appelaient aussi contre le projet de loi réformant le régime des retraites, repoussées d’au moins trois ans. La colère était dans les slogans et sur les panneaux. Les enseignants (primaire et secondaire) formaient un très gros bloc avec leurs syndicats, et une nouvelle fois, des syndicats de base exigeaient la poursuite des mobilisations. Beaucoup de monde aussi avec la gauche radicale et anticapitaliste, qui défilait derrière les syndicats de base.
La manifestation a rendu hommage aux trois travailleurs morts le 5 mai, asphyxiés par des molotov dans l’incendie de leur agence bancaire, au pied de laquelle étaient déposées fleurs et couronnes. Déjà très provocatrice avant cette tragédie, la police se déchaîne depuis, ce qui a valu à différents militants d’être embarqués par les prétoriens, sans raison fondée évidemment : simples arrestations préventives… de militants syndicaux et politiques, dont des membres de Syriza et d’Antarsya ! Le regroupement de gauche anticapitaliste Antarsya, qui a eu l’« honneur » de voir son cortège massif encadré par les Rambo, dénonce ce climat policier très inquiétant.
Alors que la situation générale exige la constitution d’un large front de riposte unitaire, Pame, le regroupement syndical du KKE (PC grec), a manifesté une nouvelle fois à part (et loin du Parlement) et a tout fait pour ne plus être là quand allait arriver la manif principale ! Il semble que les dirigeants du KKE aient craint deux choses : la combativité de leurs militants, qui n’étaient pas les derniers à dénoncer les députés le 5 mai devant le Parlement, et la crainte que se répètent les rapprochements entre cortèges qui s’étaient opérés les 5 et 6 mai. On mesure le gâchis : alors que le KKE a réussi le 15 mai un rassemblement national de 20 à 30 000 manifestants à Athènes, son positionnement sectaire pèse sur la suite des mobilisations.
Cela ne peut qu’arranger les directions syndicales nationales, liées au Pasok, aujourd’hui sous une forte pression de leur base : l’absence d’unité est une entrave pour la seule perspective réaliste, la grève reconductible. Les bureaucrates, face à cette forme de mobilisation impliquant l’auto-organisation, risquent de ne proposer que de nouvelles journées de grève nationale, renvoyant ainsi aux calendes grecques le passage à une forme supérieure de mobilisation indispensable.
Andreas Sartzekis