Notre campagne en questions. L’Éducation nationale

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L’Éducation nationale est depuis 20 ans au centre des attaques, que ce soit par les suppressions de postes (80 000 en moins depuis 2007), les attaques sur les salaires ou les conditions de travail. Dans le même temps, ce secteur s’est révolté tous les ans depuis 2002. La grève du 27 septembre dernier a encore surpris par l’ampleur de la mobilisation. L’Éducation nationale est au cœur de la politique d’austérité du gouvernement mais aussi des ripostes à venir. Nous reproduisons l’essentiel des réponses de Philippe Poutou aux questions posées par des journalistes de France Inter.

Quelle serait votre mesure phare en matière éducative au cours de votre quinquennat ?
Une de nos premières mesures serait l’embauche immédiate de 100 000 personnels et la titularisation de tous les précaires. Il faut un plan d’embauche permettant d’aboutir à des effectifs de 25 par classe et 20 dans les zones d’éducation prioritaire. Cela implique donc la fin de la loi dite de Réforme générale des politiques publiques (RGPP) qui acte le non-remplacement d’un fonctionnaire partant à la retraite sur deux. Mais augmenter le nombre de profs sans abroger les réformes de ces 20 dernières années ne permettrait pas une réelle émancipation de la jeunesse. C’est pourquoi nous revendiquons l’abrogation du socle commun, des évaluations nationales et du livret personnel de compétence (LPC), du fichage, des « nouveaux programmes » (dont la suppression de l’histoire en terminale S) et la fin de la masterisation, de la réforme des enseignants stagiaires et la réforme des lycées.

Comptez-vous réformer le statut des enseignants (donner de nouvelles missions, instaurer les 35 heures au sein de l’école, revaloriser leurs salaires) ?
Concernant les salaires, comme pour touTEs les salariéEs, nous sommes pour une augmentation de 300 euros net dès maintenant (cela passe pour les fonctionnaires par l’augmentation du point d’indice), pas un salaire de début de carrière inférieur à 1 600 euros net.
Les enseignants font 42 heures par semaine en moyenne (temps devant les élèves, préparations et corrections). Donc oui aux 35 heures, et même aux 32 heures, qui seraient réparties entre le temps de travail devant les élèves et hors de leur présence.
Les projets de « réforme » du statut des enseignants prévue par tous ceux qui veulent nous faire payer la dette seraient une régression. Leur idée générale est de rendre les enseignants plus malléables en les faisant recruter et évaluer directement par le chef d’établissement, d’annualiser et d’augmenter leur temps de travail, de leur faire assurer les missions relevant d’autres personnels. Cela conduirait à de nouvelles suppressions de postes massives et à des conditions de travail dégradées pour tous les personnels. Nous refusons cette logique. Nous voulons que chaque personnel puisse exercer son métier dans de bonnes conditions pour se former, réfléchir à son métier.

Comment l’école peut-elle réduire les inégalités entre les élèves issus de milieux pauvres et riches ?
Ce n’est pas l’école qui est responsable des inégalités sociales et économiques. C’est le capitalisme lui-même. L’offensive contre les conquêtes sociales menée par les gouvernements de droite et de gauche depuis 30 ans n’a fait qu’aggraver une situation qui n’était déjà pas bonne. Pour en finir avec l’échec social de l’école, notamment celui des jeunes des milieux populaires, il faut d’abord des mesures sociales qui améliorent la vie de tous : droit au logement, droit au travail pour leurs parents, droit aux soins gratuits. Dans le cadre du projet que nous portons d’une école émancipatrice, chaque jeune doit pouvoir être reconnu, et son parcours d’apprentissage doit pouvoir être adapté, sans logique d’échec.

Vacances d’été plus courtes, semaine de quatre jours et demi…Quels rythmes scolaires souhaitez-vous mettre en place ?
La question des rythmes scolaires est instrumentalisée par les gouvernements pour faire passer des réformes qui n’ont rien à voir avec l’intérêt des élèves : réduire le nombre d’heures de cours,
transférer des activités scolaires du public vers le privé, augmenter le temps de travail des enseignants en réduisant les vacances scolaires.
L’école doit contribuer à l’émancipation. Cela suppose de donner à tous une formation à la fois intellectuelle et manuelle, mais aussi d’avoir le temps et les moyens de s’adapter au rythme de chaque élève. Pour cela, il faut commencer par rétablir les milliers de postes supprimés, notamment ceux des instituteurs spécialisés à l’aide aux élèves en difficultés (Rased), et en créer beaucoup d’autres.

Fatigue, usure : que proposez-vous comme seconde carrière aux enseignants pour atteindre l’âge de la retraite ?
Comme pour l’ensemble des salariéEs, l’abrogation des réformes sur les retraites de 1993, 2003 et 2010. La seconde carrière c’est partir en retraite au bout de 37,5 annuités ou à 60 ans, à taux plein, avec des salaires qui auraient augmenté donc des pensions aussi. La fatigue, l’usure touchent tous les milieux professionnels et de plus en plus les secteurs publics. La solution n’est pas de quitter un endroit usant physiquement et moralement pour un autre, histoire de tester le stress sous d’autres cieux mais bien de changer radicalement le mode d’organisation du travail