Lutter contre l’antisémitisme en refusant toute forme de chantage

Mireille Knoll avait 85 ans. Elle était rescapée de la rafle du Vél’ d’Hiv en juillet 1942 et veuve d’un ancien déporté du camp d’Auschwitz. Elle a été assassinée dans son appartement parisien le 23 mars. Le parquet de Paris a ouvert une information judiciaire pour assassinat à caractère antisémite, qualificatif retenu par le juge d’instruction en charge du dossier. Une indignation légitime a suivi cet acte odieux mais, malheureusement, il n’aura pas fallu longtemps pour que surgissent les tentatives de récupération et d’instrumentalisation politiciennes. 

L'antisémitisme est une gangrène, un poison mortel qu’il est indispensable de combattre au quotidien, en ne cédant jamais le moindre pouce de terrain aux tenants de la haine des Juifs, qu’ils appartiennent à l’extrême droite « classique » ou qu’ils se revendiquent des idéologies djihadistes. On ne réaffirmera jamais assez la nécessité de lutter contre l’antisémitisme et toutes les formes de racisme, d’où qu’elles viennent, a fortiori dans un contexte national et international où les courants ultra réactionnaires sont en pleine expansion, quand ils ne participent pas directement à l’exercice du pouvoir. 

Combattre l’antisémitisme, sans instrumentalisation

Ce nécessaire combat ne peut toutefois s’accommoder des tentatives de récupération et d’instrumentalisation politiciennes, qui non seulement donnent souvent lieu à des amalgames scandaleux mais qui, en outre, dénaturent et desservent profondément la lutte contre l’antisémitisme et toutes les formes de racisme. Ainsi, lorsque le CRIF, par la voix de son président Francis Kalifat, a affirmé que Jean-Luc Mélenchon et La France insoumise n’étaient « pas les bienvenus » à la « marche blanche » organisée le 28 mars en mémoire de Mireille Knoll et contre l’antisémitisme, un cap inacceptable a été franchi. 

En prétendant que « l’extrême gauche » entretiendrait « la haine d’Israël » et « la haine des Juifs » et en dressant un parallèle avec l’extrême droite (« Ni France insoumise ni Front national »), le CRIF a procédé à des amalgames scandaleux à double titre : une assimilation de la légitime critique d’Israël à de l’antisémitisme ; un trait d’égalité tiré entre « extrême gauche » et « extrême droite », en d’autres termes entre des héritiers de la Résistance et des héritiers de la Collaboration.

Détestable chantage

Nous savons que le CRIF ne représente pas les Juifs de France. Le fils de Mireille Knoll a lui-même désavoué Francis Kalifat. Mais nous savons aussi que le CRIF n’a pas le monopole de ces amalgames : en juillet dernier, lors de la commémoration de la rafle du Vél’d’hiv, Emmanuel Macron déclarait ainsi que l’antisionisme était « la forme réinventée de l’antisémitisme ». L’instrumentalisation de la lutte contre l’antisémitisme à des fins de détournement vers un soutien à l’État d’Israël n’est pas nouvelle, mais dans le contexte national et international de ces derniers jours, elle apparaît comme étant de plus en plus détestable. 

C’est pourquoi le NPA, après s’être associé à la douleur de la famille et des proches de Mireille Knoll, ainsi qu’à l’indignation légitime suscitée par ce crime abject, a condamné l’expulsion de Jean-Luc Mélenchon et de la FI de la « marche blanche ». Nous continuerons de combattre implacablement et sans aucune ambiguïté l’antisémitisme sous toutes ses formes, tout en refusant de nous soumettre à l’odieux chantage exercé par les inconditionnels de l’État d’Israël : notre antiracisme ne se divise pas, il est international, et internationaliste.  

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