Éducation : Macron nous fait la guerre, et son Blanquer aussi

Après la pause forcée, au moins en ce qui concerne la grève, pendant les deux semaines de vacances, la reprise du mouvement dans l’Éducation nationale était un pari difficile. Avec un gros enjeu : secteur clé, il était scruté par tout le monde.

À ce titre, on peut se féliciter des taux de grève du jeudi 9. Sans être au même niveau que ceux du 5 décembre, ils ont néanmoins montré la détermination des enseignantEs qui n’ont cédé ni au défaitisme ni aux promesses bidon de leur ministre. Pour quelques collègues, cela a constitué le démarrage ou le redémarrage de la reconductible, mais sans que cela ne soit un fait majoritaire.

Mieux encore, ce que l’on peut constater, c’est qu’au contact des salariéEs des autres secteurs en lutte, cette détermination n’a fait que se renforcer. Des liens inédits se sont créés et les gens en sortent durablement transforméEs. Surtout celles et ceux, une petite minorité active, qui ont participé aux AG et aux piquets malgré les vacances, au côté des agentEs de la RATP notamment.

Blanquer ministre de la pédagogie de la réforme

Si les profs sont donc toujours bien visibles, c’est malheureusement aussi le cas de leur ministre. On pourrait même dire qu’on ne voit que lui ! Et pas seulement pour parler du cas des enseignantEs, mais pour défendre la réforme des retraites dans son ensemble. À tel point que lors de l’émission « Vous avez la parole » sur France 2 le jeudi 9 janvier, où il était en binôme avec Laurent Pietraszewski, le journaliste Thomas Sotto s’est autorisé un rare moment d’impertinence (toute relative) en lui reprochant d’être « hors sujet » vis-à-vis de son portefeuille.

En dehors du fait qu’il apparait désormais comme le seul « gars sûr » du gouvernement, ce que cela dit c’est que le secteur de l’Éducation est bien l’une des principales épines dans le pied de Macron, qui cherche donc à la retirer à tout prix afin de pouvoir finalement passer sa réforme tranquillement.

D’où le grand plan d’enfumage au sujet de la prétendue revalorisation historique des profEs… Qui ne convainc presque personne, et surtout pas celles et ceux qui savent poser une simple division : 10 milliards étalés jusqu’en 2037, c’est environ 40 euros net par mois pour chaque enseignantE. Sans compter que les promesses de Blanquer, celui qui a regelé le point d’indice et repoussé les plans de revalorisation du quinquennat précédent, n’engagent que celles et ceux qui y croient, on l’a désormais bien compris.

Il y a donc urgence, dans notre secteur, à refaire le travail de conviction et de mobilisation de nos collègues, redire que cette semaine en particulier, la place des enseignantEs est dans la rue, pour défendre notre vision du travail et de la retraite, et notre vision de la politique éducative.

En lycée, le spectre des E3C

Car derrière le Blanquer pédagogue en chef de la réforme des retraites se cache le Blanquer saboteur du système éducatif. Dans le cadre de sa très contestée réforme du lycée, les E3C (pour Épreuves communes de contrôle continu), autrement dit le fameux « bac local », doivent théoriquement commencer à se mettre en place en ce mois de janvier dans tous les lycées.

Du moins, sauf si la contestation qui monte parmi les collègues qui commencent à voir l’impact délétère sur leurs conditions de travail ainsi que l’injustice pour les élèves, prend forme et s’amplifie. Les syndicats appellent à diverses formes de boycott de ces épreuves, du refus de préparer les sujets au refus de corriger, mais c’est surtout en AG dans les établissements que des positions fortes d’équipes, capables de résister aux pressions hiérarchiques, doivent s’organiser.

Par la grève, les manifs et le blocage des E3C, la seule évaluation à laquelle les enseignantEs doivent maintenant participer, c’est de mettre un zéro éliminatoire à leur ministre.

Raphaël Alberto 

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