Éducation nationale : coup de chaud sur les examens

Malgré les apparences, l’actualité de la mobilisation dans l’éducation nationale n’a pas fondu sous les effets de la canicule. C’est pourtant ce qu’aimerait le ministère, qui polarise toutes ses interventions sur la lutte contre la canicule, sans crainte du ridicule.

Les consignes qui tombent des bureaux de Grenelle sont complètement déconnectées, comme lorsque des circulaires préconisent de fermer les volets et rideaux (inexistants dans de nombreuses écoles) et de maintenir les enfants dans des espaces frais (lesquels ?). Ou lorsque Blanquer se lance, sans filet, dans le déplacement du brevet (DNB) des collégienEs en laissant les établissements se débrouiller pour l’organiser les 1er et 2 juillet (alors que des élèves seront partiEs) et réorganiser les corrections. De quoi chauffer la colère des enseignantEs déterminés à continuer leur mobilisation, à commencer par un appel à la grève des surveillances pour manifester avec les correcteurs et correctrices du Bac le 2 juillet.

Grève des examens

Depuis les 11 et 12 juin, et la grève des corrections du BEP dans le 93, mais surtout depuis le 17 juin, ce sont des milliers d’enseignantEs dans tout le pays qui ont entamé ce qui avait semblé jusque-là une alter­native dilatoire à la construction des luttes : la grève des examens.

De même que l’arrêt maladie pour assumer la grève pour les urgentistes, la grève des examens pour les enseignantEs c’est un verrou de culpabilité qui saute. Défendre la notion de service public de santé ou d’éducation nous conduit aujourd’hui à refuser de faire semblant.

Sous la pression des collectifs militants, une large intersyndicale avait appelé à la grève des surveillances le 17 juin. Les initiatives militantes se sont multipliées pour organiser des piquets devant les centres d’examen. Avec le double objectif de rendre visible la grève, alors que ministère et rectorats tentaient de la minimiser, et d’expliquer aux élèves la démarche des enseignantEs.

Détermination confortée

Aucun média n’a trouvé l’incident à monter en épingle pour tenter d’illustrer des confrontations entre grévistes et parents ou élèves. Les jeunes et leurs familles comprennent que c’est l’avenir des cadets qui risquerait d’être plombé si les réformes Blanquer étaient mises en œuvre. Dans la foulée de la grève, des AG massives (près de 600 à Toulouse, 250 à Paris, mais aussi des AG dans les départements franciliens, 200 à Lyon ou à Marseille) ont voté la reconduction pour les jours suivants, poussant l’intersyndicale à renouveler les préavis.

Si cette grève n’a pas entravé le déroulement des épreuves (bien moins que les erreurs dans les sujets ou les fuites dans quelques établissements), elle a conforté la détermination. Ce qui est maintenant à l’ordre du jour, c’est la grève des corrections pour le bac pro et le DNB, ainsi que la rétention des notes pour les bacs généraux et technologiques, et la grève lors de la tenue des jurys. Ce mouvement s’est étendu à l’échelle des académies les plus importantes et à un nombre de disciplines qui peuvent perturber l’annonce des résultats puisqu’elles concernent toutes les séries : en philosophie, SES, histoire-géo… de nombreuses « réunions d’entente » institutionnelles (qui servent à ce que les correcteurEs reçoivent les consignes de correction et travaillent à l’harmonisation de leurs critères d’évaluation) ont été transformées en réunion de mobilisation.  

Mobilisation inédite

Des moyens d’organisation inédits ont été déployés. À Paris comme à Toulouse, les AG du mouvement sont aussi devenues des « réunions d’entente interdisciplinaire ». L’objectif est de coordonner les différentes disciplines et de ne pas laisser les collègues seulEs face aux choix de saisir ou pas les notes, de participer ou pas à un jury. Elles appellent à la grève le 2 juillet et pour certaines, déjà, les 3 et 4 juillet pour ne pas permettre la tenue des jurys. Mais l’enjeu central reste la massification de la grève des corrections et de la rétention des notes. En ce sens, l’organisation et la réussite de rassemblements ou manifestations le 2 juillet seront importantes pour donner confiance aux correcteurEs qui sont en première ligne.

Pour les jeunes enseignantEs qui inventent ces nouvelles formes de lutte, pour les moins jeunes qui voient tomber le tabou du bac, il ne s’agit de jouer un va-tout dans « un affrontement final ». Nous devons nous préparer à des luttes de longue haleine. Cette période de mobilisation est évidemment une manière de préparer la rentrée en mettant la pression au ministère. Blanquer s’entête et semble déterminé à poursuivre ses attaques avec notamment les récents décrets sur l’augmentation du temps de travail à travers la formation obligatoire sur temps libre. Il compte sur la résignation des enseignantEs tant il est affaibli politiquement et délégitimé, lui l’ancien « Monsieur popularité » du gouvernement. Le bras de fer en cours sur les examens doit convaincre tout le monde que cette résignation est justement en train de reculer, que les mobilisations seront d’autant plus fortes dès la rentrée et que nous avons les moyens de l’empêcher de dérouler tranquillement ses réformes.

CorrespondantEs

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