Éducation nationale : il s’appelait Kewi

Il avait 15 ans. Il est mort vendredi 4 octobre, en marge d’un cours d’EPS, aux Lilas. Il est mort presque un an jour pour jour après Aboubakar, 13 ans, victime de la même sale guerre de territoire qui gangrène les villes des Lilas, du Pré-Saint-Gervais, de Bagnolet et de Romainville.

Ailleurs dans le 93, il y a Souleymane, un jeune de 15 ans d’Épinay, agressé à coups de marteau devant son lycée. Il y a eu les intrusions hyper violentes au lycée Paul-Éluard de Saint-Denis, qui avaient conduit l’année dernière les personnels à exercer leur droit de retrait. Et à Stains, aussi : agression, tensions devant le lycée, intrusions... Une litanie macabre que l’on pourrait dérouler encore longtemps…

Contre la banalisation

Ce climat brise des vies, celles des victimes comme des agresseurs. Il désespère et épuise les personnels de l’éducation qui tentent de faire leur boulot, jusqu’à n’en plus pouvoir.

Comme après le suicide de Christine Renon, l’émotion a été vive et des voix se sont fait entendre pour interpeller le ministre de l’Éducation, le préfet, la région, l’État. Et les mettre face à leurs responsabilités. À nouveau dos au mur, Blanquer a cherché à apaiser et à minimiser, tant la réalité dément chaque jour sa communication basée sur « la meilleure rentrée qu’il ait jamais connue ». Des faits graves, dit-il, mais pas plus nombreux que d’habitude. Comme si tout cela était normal.

C’est justement cette banalisation que voulaient dénoncer les plus de 1 500 personnes qui ont marché, dimanche dernier, du Pré-Saint-Gervais aux Lilas, en hommage à Kewi Yikilmaz.
Dénoncer l’inaction et l’indifférence coupable des responsables politiques, bien sûr. Mais que faire d’autre ? On ne connaît que trop bien les solutions de facilité, à court terme, qui jettent encore plus d’huile sur le feu : caméras, portiques, police…

Pas de solution à court terme

La terrible vérité, c’est que les solutions à court terme n’en sont pas. Nul ne peut prédire quand ces guerres de gangs, de descentes punitives en représailles, finiront. Et il ne sert à rien non plus de vouloir revenir à une mythique « école sanctuaire » comme si les murs des collèges et des lycées pouvaient arrêter la violence de la société.

Bien sûr, il faudrait que le ministère saisisse enfin cette alerte et daigne écouter ce que les personnels, sur le terrain, ont à dire. Dépourvus de presque tout, elles et ils réclament du matériel, des locaux dignes de ce nom, des psychologues, assistantes sociales, médecins scolaires, infirmières, personnels éducatifs en nombre suffisant…

Ces moyens sont nécessaires. Ils ne seront pas suffisants. Car la violence est le symptôme de la dégradation sociale qui perdure dans le 93 et dans les autres quartiers délaissés, depuis des années.
Comment ne pas faire un lien avec ce que dénonçaient, en septembre, les maires de Saint-Denis, Stains, L’île-Saint-Denis, Aubervilliers et Bondy, en demandant réparation à l’État pour la discrimination territoriale ? Ou encore avec un rapport parlementaire signé par deux députés LR et LREM, en 2018, qui détaillait lui aussi la faillite des services publics dans le 93 ?
Pour que cesse la violence et que cessent les morts, il n’y a en réalité qu’une seule solution. Il faudrait une autre politique, qui rompe avec la logique de la relégation. Ce n’est pas qu’une politique éducative, encore moins une politique sécuritaire. C’est un autre projet de société. 

Raphaël Alberto

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