Air France : Les salariéEs face au blabla parlementaire

Avant le 5 octobre, pour tous – gouvernement, éluEs, grands médias, économistes – l’affaire était simple : Air France était une compagnie au bord du gouffre qu’il fallait réformer (comprendre « réduire le coût du travail »), ce qui serait fait par des patrons de grande qualité, chantre du « dialogue social »...

La mobilisation des salariéEs, puis la présentation des résultats très positifs du troisième trimestre, ont obligé certains à s’interroger, en partie, sur la situation réelle. Ainsi, les Échos titrait il y a quelques jours « Air France-KLM va bien, mais ses concurrents se portent encore mieux ». Car la réalité est celle-ci : Air France est rentable, mais ne rapporte pas le même retour sur investissement que ses principaux concurrents.

Les députéEs se sont donc emparés de l’affaire, pour analyser le dialogue social au sein de l’entreprise. Le 4 novembre, trois commissions parlementaires (affaires sociales, affaires économiques et développement durable) recevaient dans l’ordre M. Gagey (le PDG d’Air France), les représentants de l’intersyndicale, puis les représentants de la CGC et de la CFDT, syndicats alignés sur la politique patronale. Une majorité des éluEs de droite ont déserté la salle à l’arrivée de l’intersyndicale, montrant leur intérêt certain pour la parole des salariéEs… 

La sacro-sainte croissance

Les représentants des salariéEs ont pu s’exprimer unis devant les députéEs, du moins ceux qui sont restés. Ils ont ainsi pu entendre des députéEs de droite leur répondre que la réforme de l’entreprise était une nécessité et devait passer par le dialogue social, tandis que les députéEs PS demandaient vigoureusement du dialogue social… pour réformer l’entreprise.

Car le secteur de l’aérien leur pose un vrai problème. Depuis des dizaines d’années de chômage de masse, PS et droite nous expliquent que seule la croissance permettra la création d’emplois stables, de qualité et correctement rémunérés. Mais dans l’aérien, la croissance est là, une croissance forte et durable ! Or, dans ce contexte, les principaux donneurs d’ordre comme Air France licencient, dégradent les salaires et les conditions de travail. Et cela se reproduit avec un effet multiplicateur dans les filiales et la sous-traitance, où la précarité devient la règle. Leur sacro-sainte croissance ne réglera jamais les problèmes de la population. Un autre modèle doit émerger pour résoudre les crises sociales et environnementales.

La lutte des salariéEs d’Air France, pour leurs emplois et la défense de leurs collègues mis en cause dans l’affaire de la chemise, va continuer, avec un prochain rendez-vous le 2 décembre devant le tribunal correctionnel de Bobigny.

Correspondants

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