Violences faites aux femmes : de quoi parle-t-on ?

Les violences faites aux femmes recouvrent un ensemble de faits allant de l’injure sexiste aux féminicides en passant par les agressions sexuelles et les viols. En France, il aura fallu attendre le début des années 2000 pour avoir une première étude nationale sur les violences faites aux femmes1. Reconduite depuis, sous différentes formes, ces recherches nous permettent de prendre conscience que les violences sexistes et sexuelles sont omniprésentes dans la vie des femmes. Bien loin d’être des faits isolés, que ce soit dans l’espace privé de la famille ou dans l’espace public (rue, travail), les femmes sont massivement victimes, tout au long de leur vie, de violences. 

Des chiffres effarants 

Ainsi les agressions sexuelles touchent 580 000 femmes par an2. Celles-ci se produisent en particulier dans l’espace public (380 000 cas) mais aussi sur le lieu de travail (128 000) ou le lieu d’étude (24 000). Ainsi, 17 % des femmes déclarent avoir déjà renoncé à sortir seules de chez elles (contre 3 % des hommes) car elles se sentent en insécurité3 et on évalue qu’une femme sur cinq sera confrontée à du harcèlement sexuel au cours de sa vie professionnelle. Par ailleurs, on estime que, chaque année en France, 94 000 femmes sont victimes de viols ou de tentatives de viol : il y a donc une femme violée toutes les 8 minutes. Dans 90 % des cas, les agressions sont perpétrées par une personne connue de la victime et, dans 47 % des cas, l’agresseur est le conjoint ou l’ex-conjoint de la victime. 90 % des victimes de violences sexuelles sont des femmes. 96 % des coupables sont des hommes.  

Au sein du couple, 220 000 femmes par an sont victimes de violences physiques et ou/sexuelles. Ces violences conjugales peuvent aller jusqu’au féminicide et, à l’heure où nous écrivons ces lignes, 136 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint, soit une femme tous les deux jours. En 2017, 21 enfants ont aussi été tués dans le cadre des violences conjugales. On estime par ailleurs que 217 femmes se suicident chaque année suite aux violences subies. 

Des faits divers ?

Mais ces violences restent encore bien souvent traitées comme des faits divers ou des comportements « normaux ». Les journaux parlent encore de « crimes passionnels » ou de « galanterie à la française ». La loi du silence règne encore, et lorsque les femmes dénoncent les violences dont elles sont victimes, elles sont bien souvent pas, ou peu, prises au sérieux. Un récent rapport de l’IGJ (Inspection générale de la justice)4 nous apprend que dans 41 % des cas de féminicides, les violences avaient déjà été signalées à la police mais que, dans 80 % des cas, les plaintes avaient été classées sans suite. De la même manière, seulement une femme victime de viol ou tentative de viol sur 10 dépose plainte, et ces plaintes n’aboutissent à une condamnation que dans un cas sur 10. 

Les choses changent cependant et de plus en plus de victimes sortent du silence. Depuis le mois d’octobre 2017 et le début du mouvement #MeToo, le nombre de victimes de violences sexuelles enregistrées sur une année par la police a augmenté de 23 % et, à l’ouverture du Grenelle sur les violences faites aux femmes, les appels au 39 19 ont doublé.

 

  • 1. ENVEFF : « Enquête nationale sur les violences envers les femmes en France » (2000).
  • 2. Enquête VIRAGE : « Violence et rapports de genre » (2018).
  • 3. Enquête « Cadre de vie et sécurité» (2018).
  • 4. Mission sur les homicides conjuguaux (2019).

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