“C’est à la communauté kurde et aux camarades qui s’estiment liés avec ce qui s’est passé au Rojava, dans cette lutte contre Daesh, d’agir”

Interview de Murat Polat, du Conseil démocratique kurde en France, réalisée par Mireille Court, transcrite et réduite par la rédaction. Depuis deux jours, on a la mauvaise nouvelle de voir que Erdogan, pris de ses folies, a commencé à attaquer le Rojava, a commencé à bombarder le Rojava avec son aviation. Comme on a pu voir, ça fait suite aux annonces de Trump de retirer l’armée américaines. Ça se traduit directement par un feu vert pour Erdogan pour attaquer les Kurdes.

Les raisons d’Erdogan sont multiples. Erdogan a tout fait via les djihadistes pour attaquer les Kurdes mais ça n’a pas fonctionné. Il a tout fait sur la scène internationale pour bloquer les Kurdes, ça n’a pas vraiment marché. Et aujourd’hui, n’ayant pas abouti au niveau de son programme avec les djihadistes, il va lui-même combattre les Kurdes. Deuxième raison, Erdogan est en très grande difficulté en Turquie et sur la scène internationale. Il a besoin de diversion pour qu’on arrête de le critiquer. Il a besoin de se créer un ennemi et les Kurdes malheureusement sont un peu l’alibi idéal pour Erdogan.

Dès l’annonce de Trump de retirer ses troupes, la communauté kurde, les camarades se sont rassemblés dans les différentes associations. Nous étions sûrs qu’Erdogan allait attaquer. On a fait plusieurs manifestations, déclarées ou pas, parce qu’il fallait agir dans l’urgence. On a de notre côté, chacun essayé de faire bouger les choses, en appelant des camarades, tous ceux qu’on estimait pouvoir faire bouger, pour qu’il y ait des réactions.

L’heure est à la mobilisation

Maintenant, il faut qu’on bouge encore plus. On a prévu de se rassembler samedi à 14h place de la république parce qu’au-delà des paroles, il faut des réactions, parce qu’Erdogan, lui, agit. Trump, avec des sauts d’humeur, joue avec la vie de la population du Rojava. On ne peut pas l’accepter. C’est à nous, la communauté kurde, les camarades, ceux qui s’estiment un minimum liés avec ce qui s’est passé au Rojava, dans cette lutte contre Daesh d’agir, de faire entendre notre voix, de dire stop à Erdogan, stop à la guerre qu’il veut créer.

Les Kurdes du Rojava ont résisté pour pouvoir proposer une alternative aux différentes sociétés qui étaient sur place. Ça s’est traduit par une société multi culturaliste, une société où on a des décisions qui sont prises par les différentes communautés, et où on fait intervenir à chaque fois un homme et une femme, essayer d’avoir une égalité. On a essayé de mettre ne place une démocratique radicale, où les décisions doivent être prises par la population. On met aussi en avant l’égalité hommes femmes, l’écologie et les différentes cultures qui pouvait y avoir en place. On n’a aucune difficulté par rapport à d’autres ethnies ou confessions, au contraire, on a réussi à la transformer en avantage dans cette façon de réorganiser la vie sur place.

Quand on regarde la situation avec les différentes forces impérialistes, c’est tout à fait l’opposé par rapport à ce qu’il faudrait : ils ont besoin de société où il y a une dictature, une personne décide, où on a à négocier avec une seule personne. C’est beaucoup plus difficile que de négocier avec toute une population. Ça n’avait pas beaucoup de fans au sein des différentes forces impérialistes, les occidentaux, et encore moins en Turquie avec Erdogan qui est l’image même de la dictature. On le qualifie de fascisme vert, fascisme parce qu’il est complètement opposé aux Kurdes, aux différentes ethnies, et vert parce qu’il utilise l’Islam radical pour pouvoir écarter les autres confessions voire même les autres visions de la religion au sein même de l’Islam.

C’est donc tout à l’opposé de la vision des choses d’Erdogan, ce qui donne une raison de plus pour Erdogan d’attaquer le Rojava.

 

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