En Équateur, ni FMI, ni Moreno, pouvoir populaire et résistance indigène !

Communiqué d’Anticapitalistas, section espagnole de la IVe Internationale, 12/10/2019. Depuis la rédaction de ce communiqué, le gouvernement de Moreno a annoncé hier le retrait du “décret 883” sur la suppression des subventions sur les carburants. C'est incontestablement une victoire du mouvement. Mais le gouvernement parle de mettre en place des commissions pour “reformuler le décret” et n'envisage pas la non application des autres mesures du FMI. De nombreuses organisations indigènes ont dores et déjà déclaré qu'elles reprendraient la lutte si le décret n'était pas purement et simplement annulé.

Malgré l’échec économique et démocratique évident des politiques néolibérales impulsées par le Fonds Monétaire International (FMI), cet organisme insiste sur les ajustements structurels et l’austérité dans les dépenses sociales, comme mesures de stabilité économique alors qu’il octroie des crédits qui ne font qu’approfondir la dépendance et affaiblissent la souveraineté des peuples. L’Equateur est plongé dans une profonde crise économique et le budget général de l’Etat enregistre un déficit depuis les dernières années du gouvernement de Correa : 44 300 millions de dollars en 2014, 37 600 millions en 2016 et dans le même temps augmente l’endettement public. Les dernières conditions du FMI inclues dans le « paquetazo » (ensemble des mesures imposées d’un coup)  rabaissent jusqu’à 20% les salaires des contrats temporaires, exigent des contributions supplémentaires équivalant à une journée de salaire mensuel des travailleuses et travailleurs du secteur public et la suppression de la subvention sur le diesel et l’essence, le tout au détriment des droits du travail et avec une augmentation du coût de  des produits de base qui affecte directement les classes travailleuses.

Pourtant et malgré le rejet de ces mesures par les secteurs populaires, le premier octobre dernier le gouvernement de Lenin Moreno a confirmé depuis Quito la suppression des subventions au combustible par le décret exécutif 883. Depuis lors les secteurs populaires et indigènes sont descendus dans les rues par des manifestations et des protestations massives. La réponse du gouvernement, en plus de la répression, a été de décréter l’état d’urgence pour 30 jours, ce qui lui a permis d’établir des zones de sécurité, de déployer partout policiers et militaires et de censurer les moyens de communication dans tout le pays.

Face à la répression de l’Etat, les classes travailleuses, paysannes et indigènes et le mouvement étudiant ont répondu par un renforcement d’organisation à la base et par une mobilisation populaire déterminée à l’échelle de tout le pays. Leurs exigences sont claires : rejet total des mesures impulsées par le FMI, révocation du décret 883 et démission de Moreno. Le Front Unitaire des travailleurs (FUT), la centrale ouvrière la plus importante d’Equateur, a convoqué une grève nationale et des arrêts de travail pour augmenter la pression. Dans le même temps,’à l’appel de la Confédération des Nationalités Indigènes (CONAIE), les différents peuples indigènes et originaires se sont maintenus en résistance et ont multiplié les manifestations dans tout le pays, même si leur présence s’est plus particulièrement concentrée à Quito. Leur lutte, qui vient de très loin, se caractérise par un rejet catégorique du modèle extractiviste imposé aux pays de la périphérie par le capitalisme international 

En parallèle il existe un appel au dialogue peu crédible des secteurs conservateurs et du gouvernement lui-même qui, translaté à Guayaquil en raison des manifestations, maintient toujours qu’ « il n’y aura ^pas de retour en arrière » sur les mesures et en particulier en ce qui concerne le décret 883. De plus le mardi 8 octobre un couvre-feu a été décrété pour garantir « l’ordre, la tranquillité et la sécurité ».Dans le même temps le discours gouvernemental justifie l’escalade de la répression avec des arguments confus sur une tentative supposée de coup d’état organisé par Correa et Maduro. Après huit jours d’état d’urgence et malgré le carcan médiatique, les moyens de contre-information équatoriens font état de 7 morts, y compris un dirigeant de la CONAIE, 83 disparus, plus de 800 personnes arrêtées, des journalistes emprisonnés et des moyens de communication fermés. 

C’est pourquoi, nous Anticapitalistas, nous prenons position de façon déterminée en faveur et en appui des secteurs des travailleurs et indigènes actuellement en résistance contre les mesures néolibérales et le gouvernement de Moreno. La réponse est claire. Face à la répression croissante, toujours plus d’organisation et de pouvoir populaire ! Toujours plus de solidarité ouvrière et internationaliste !

Nous dénonçons et condamnons la répression brutale du gouvernement équatorien et la violence des forces de l’Etat contre la population mobilisée, de même nous dénonçons le carcan médiatique qui cherche à rendre invisibles et silencieuses les revendications populaires légitimes du peuple équatorien.

Nous soutenons sans équivoque les peuples indigènes et originaires d’Equateur et de toute l’Amérique Latine qui mènent les résistances et les luttes contre le système capitaliste dont la face prédatrice se manifeste par l’extractivisme à l’encontre des territoires, des ressources naturelles et des corps.

Solidarité avec le peuple équatorien en résistance contre le néolibéralisme !

Traduction Fabrice Thomas

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