Israël : la droitisation se poursuit

Nous reproduisons, avec son aimable autorisation, un texte de l’historien et journaliste Dominique Vidal, publié sur son blog Mediapart.  

- Le parti Bleu blanc (Kahol Lavan) et le Likoud arrivent en tête avec respectivement 33 et 31 sièges sur 120 ;

- Mais le Likoud et ses alliés naturels sont loin de la majorité espérée : 55 sièges au lieu de 61 (Likoud 31, Yamina - A droite 7, et les deux partis religieux ultra-orthodoxes 17) ;

- Tout dépendra du Parti russe d’Israël Beiteinu (Israël notre maison, 8) ;

- Seule surprise réjouissante par rapport aux sondages, les fascistes de Otzma Yehudit (Puissance juive) ne franchissent pas – et de loin – le seuil de 3,25% et n’ont donc aucun député ;

- Contrairement à des rumeurs insistantes les annonçant hors de la Knesset, le Parti travailliste et les sionistes du Meretz s’y maintiennent, bien qu’à un niveau très bas : respectivement 6 et 5 sièges ;

- Enfin la Liste arabe unie obtient un très bon score : 13 députés. 

Un référendum pour ou contre Netanyahou

En fait, il s’agissait moins d’élections législatives que d’un plébiscite, avec deux objectifs pour Netanyahou : être reconduit à la tête du gouvernement droite/extrême droite/ultra-orthodoxes, et éviter la prison au terme des procès pour corruption qui l’attendent.

Pour l’emporter, le Premier ministre n’a hésité devant aucun moyen, à commencer par la création artificielle d’une psychose de guerre. Dans la plus totale impunité, Israël, depuis des mois, a bombardé la Syrie, l’Irak et le Liban. Sans parler de Gaza, qu’il menace d’une guerre totale - Il a même été question de reporter les élections pour cause d’opérations militaires...

Ce référendum a littéralement écrasé le débat de politique intérieure et extérieure. Mais il est vrai qu’aucune alternative n’était proposée aux électeurs:
- La Liste arabe unie défendait une autre orientation, mais elle n’a pas pour vocation de rassembler l’électorat juif (même si un certain nombre de juifs ont voté pour elle) ;
- La gauche sioniste (Parti travailliste et Meretz), qui a dominé paysage politique pendant des décennies, est désormais proche de l’agonie, et ses alliances ont aggravé la situation ;
- Le parti Bleu Blanc ne se différencie guère du Likoud. Quand Netanyahou a annoncé l’annexion d’un tiers de la Cisjordanie et une guerre d’ampleur contre Gaza, Benny Ganz l’a accusé... de « copier son programme » !

En réalité, la véritable bataille se déroule au sein de la droite et de l’extrême droite :
- Avigdor Liberman, qui veut la peau de son ex-mentor, s’est transformé en héraut de la laïcité: il a pris prétexte du blocage de la loi sur la conscription universelle (incluant les jeunes ultra-orthodoxes, jusqu’ici dispensés) pour empêcher Netanyahou de former au printemps une coalition. Il va sans doute poursuivre son chantage, mais jusqu’où ?
- Au sein même de la coalition, Ayelet Shaked (la femme au parfum « Fascisme ») a rassemblé l’extrême droite nationaliste religieuse avec Yamina pour se préparer à la succession ;
- Enfin plusieurs « princes » du Likoud, dont Benny Begin, le fils de l’ancien Premier ministre, ont pour la première fois refusé de voter pour leur parti. 

Droitisation de l’opinion 

Au-delà des péripéties politiciennes, ce scrutin confirme la droitisation de l’opinion :
- À preuve l’évolution de son attitude sur l’annexion de la Cisjordanie. En 2016, 70% des sondés s’y déclaraient hostiles. En 2019, ils ne sont plus que 28% ! Entretemps, il est vrai, la loi du 6 février 2017 l’a légalisée, et Donald Trump l’a légitimée, s’agissant de Jérusalem et du Golan. Et Netanyahou a annoncé coup sur coup l’annexion des colonies, puis celle de la Vallée du Jourdain et enfin de éebron. Quant au pourcentage de partisans de la solution dite « des deux États », il est tombé de 53 % à 34 %.
- Autre symptôme: la montée du racisme. Selon une enquête réalisée en mars 2018, il cible les Arabes (7 %), les demandeurs d’asile (75%), les Éthiopiens (72%), les ultra-orthodoxes et les LGBT (65%), les Juifs orientaux (43%) et enfin les Russes (39%)... Un sondé sur quatre affirme en avoir été lui-même victime. Enfin plus de 90 % des sondés pensent que les autorités ne font pas grand-chose ou rien pour éradiquer le racisme en Israël. Et 71 % jugent même que les politiciens et les leaders religieux radicalisent les discours racistes;
- De fait, jamais Netanyahou n’avait mené une campagne aussi violente contre les Arabes, accusés de « vouloir tous nous détruire – femmes, enfants et hommes ». Il a même tenté d’imposer la présence de militants munis de caméras dans les bureaux de vote à forte densité arabe, sous prétexte la fraude - alors que la plupart des tripatouillages recensés le 9 avril étaient le fait du Likoud. La Knesset a heureusement refusé.

Reste à savoir jusqu’où le gouvernement d’union nationale qui se profile poursuivra la radicalisation entreprise par Netanyahou…  

Dominique Vidal, le 19 septembre

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