Les grévistes vont-ils accepter l’accord de principe entre General Motors et l’UAW ?

Publié le 17 octobre 2019 par NPA Auto Critique. Traduction d’un article Labor Notes de Chris Brooks.

Au 31e jour de la plus longue grève de l'automobile depuis 50 ans, General Motors et l’UAW ont annoncé un accord de principe.

Le Conseil de l’UAW de General Motors, composé de représentants de chaque section locale du GM, se réunira demain. Si, comme prévu, il approuve cet accord, il sera soumis aux grévistes pour un vote de ratification. Le Conseil décidera également si les travailleurs resteront en grève jusqu’au vote ou si, comme le syndicat l'a fait dans le passé, ils retourneront immédiatement au travail.

Aucun détail n'a été fourni sur le contenu de l’accord, mais les travailleurs de base sur les piquets de grève ont clairement indiqué que leur principale priorité est d'abolir les niveaux et barrières qui ont fracturé les travailleurs du secteur de l'automobile. Ce système de niveaux a laissé des milliers de travailleurs de l'automobile occupant de mêmes emplois disposer d’un salaire beaucoup moins élevé et de moins d'avantages que les plus anciens d’entre eux.

Les manières dont la main-d'œuvre de GM a été divisée :

Niveau 4 : les emplois externalisés

De nombreux emplois en dehors de la chaîne de montage, comme l’entretien et la logistique, autrefois occupés par les travailleurs les plus âgés, sont maintenant sous-traités à d'autres entreprises qui paient beaucoup moins cher.
Dans la plus grande usine de GM en Amérique du Nord, à Spring Hill, au Tennessee, seulement 3 600 des 5 200 travailleurs horaires présents dans l’usine sont directement employés par GM. Les 1 600 autres sont employés par des "fournisseurs partenaires" qui travaillent sur place. Bon nombre de ces employés, comme les 850 travailleurs d'Aramark qui sont actuellement en grève dans cinq usines de GM au Michigan et en Ohio, gagnent moins de 15 dollars l'heure.

« S’il n’en tenait qu’à nous, , nous voudrions que ces emplois de « partenaires » soient des travailleurs de GM sous notre égide », a déclaré Mike Herron, président de la section locale 1853 de l'UAW. « Historiquement,[ces emplois] étaient allés à des travailleurs plus anciens parce qu'ils étaient moins durs et exigeants que ceux de la la chaîne de montage. »
Il n'y a pas aujourd’hui de possibilité dans le contrat UAW pour les travailleurs employés par des entreprises sous-traitantes d'être embauchés par GM.

Niveau 3 : les travailleurs temporaires

Les travailleurs temporaires constituent un problème majeur chez General Motors. Ils effectuent le même travail que les travailleurs de niveau 2 et de niveau 1, mais bénéficient d'un salaire horaire inférieur et de prestations de santé moins élevées, n’ont droit qu’à trois jours de congé par an non rémunérés, et ne reçoivent aucun partage des bénéfices. Les travailleurs des niveaux 2 et 1 reçoivent généralement environ 1 000 dollars pour chaque milliard de dollars de bénéfices avant impôts que GM réalise.
Dans de nombreuses usines, les temporaires travaillent jusqu'à une durée de quatre ans après leur embauche, avec au départ au salaire de 15 dollars l'heure. Ils sont souvent ensuite mis à pied pour être réembauchés au taux de salaire le plus bas.
Le contrat de 2015 avait ouvert une porte encore plus grande à GM pour augmenter le nombre de ces temporaires, qui représente maintenant environ 7 % du total des travailleurs horaires.

"Je n'avais pas voté pour le dernier contrat à cause des clauses sur les contrats temporaires ", a déclaré Roberta Gainer, qui travaille à l'usine de moteurs Tonawanda de GM près de Buffalo depuis 40 ans. "A La façon dont le texte était écrit, je savais que GM ne voulait pas embaucher d'employés permanents."
En effet, GM n'est plus tenue de respecter une période d’essai de 90 jours pour les nouveaux employés. Au lieu de cela, l'entreprise ne fait que les embaucher comme intérimaires pour reconduire les contrats indéfiniment.

Niveau 2 : les nouveaux embauchés

En 2015, l’UAW avait choisi Chrysler comme cible pour la négociation de l'accord type et avait conclu un accord qui pérennisait le système à deux niveaux dans lequel les travailleurs embauchés après 2007 gagnent beaucoup moins que le niveau 1
Lorsque l'accord a été soumis au vote des membres du syndicat, la colère a enflammé la campagne pour le vote « non ». Presque toutes les sections locales avaient rejeté l’accord dans une proportion de 2 contre 1. Les négociateurs avaient été forcés de revenir à la table de négociation et avaient une nouvelle convention prévoyant un délai de huit ans pour que les travailleurs de niveau 2 atteignent 28 dollars l'heure.

Niveau 1 . Les travailleurs sous statut

Ces travailleurs plus anciens travaillent chez les « trois grands » constructeurs automobiles avant l'entrée en vigueur des concessions de 2007. Ils représentent une part de plus en plus réduite de la main-d'œuvre et gagnent environ 31 dollars l'heure.
Alors que seulement 5 % du coût total de production d'un constructeur automobile provient de ses propres coûts de main-d'œuvre, les trois grands constructeurs ont encore abaissé ce chiffre. L'une de leurs stratégies les plus efficaces a été de segmenter la main-d'œuvre en niveaux ou classes de plus en plus petits. Et pour les plus anciens des employés, le message de l'entreprise est clair : soyez reconnaissants de ce que vous avez.
Ce qui est si impressionnant dans cette grève de 31 jours, c'est que ces travailleurs les plus anciens ont choisi la solidarité plutôt que l’individualisme et le chacun pour soi prônés par l’entreprise.

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