Libération des prisonniers politiques catalans !

« La Démocratie en procès » : voilà l'intitulé du blog1 créé par le collectif des premiers signataires de la pétition pour la libération des prisonniers politiques catalans2, dont sont parties prenantes un certain nombre de militants et responsables du NPA, parmi un très grand éventail de sensibilités diverses, d'élus ou d’ex-élus, de personnalités de la culture et de l’art, d' universitaires ou de syndicalistes.

Ce qui se joue dans la petite salle du tribunal suprême de Madrid, où s'est ouvert depuis le mardi 12 février le procès de 12 responsables politiques et civils catalans, ce n'est pas seulement l'action et les idées de ces leaders indépendantistes risquant de lourdes peines de prison. Ce qui est mis en accusation, c'est le mouvement de centaines de milliers de CatalanEs qui se sont auto-organiséEs et engagéEs pour décider pacifiquement de leur futur, pour voter le 1er octobre 2017 et redéfinir leur relation avec l'État central de la monarchie espagnole, hérité de Franco. Ils et elles estimaient, entre autres raisons, qu’après la cassation en 2010, par le Tribunal constitutionnel, des principaux articles du nouveau statut d'autonomie adopté par référendum en 2006, une nouvelle voie devait être ouverte, pouvant aller jusqu’à une République libre et indépendante.

Judiciarisation d’un processus politique
On peut être en accord ou en désaccord avec cette position. Mais ce que l'on ne peut nier à un peuple, c'est le droit démocratique élémentaire de décider librement de son sort. Ainsi que l’a récemment écrit José Bové, « le dialogue et la négociation, et non l’emprisonnement et les poursuites pénales, auraient dû être la voie à suivre pour que les habitants de la Catalogne puissent se prononcer sur leur avenir au sein de l’État espagnol et définir leur place dans l’Union européenne ».
Face à la voie démocratique, c'est la voie de la judiciarisation de ce processus politique qui a été imposée par l’État espagnol. Il s'agit d' un procès politique, exercé par une justice sous influence politique, contre des prisonniers politiques, contre le libre exercice d'un certain nombre de droits politiques fondamentaux (droits à manifester, droit d' association, droit d'être candidat et de mettre en œuvre le mandat reçu, droit de défendre l'indépendance). C'est un procès à la démocratie. Dans un contexte où, en Europe, les États tendent de plus en plus à adopter des politiques autoritaires et répressives face à la contestation de leurs politiques austéritaires et antidémocratiques, la passivité et le silence doivent être rompus vis-à-vis de ce qui se joue aujourd'hui à Madrid.

« L'autodétermination n'est pas un délit »
La manifestation du 10 février à Madrid, place Colon, exigeant la rupture de tout dialogue avec les indépendantistes catalans, même si elle a été très loin de faire le plein attendu par les organisateurs, montre bien à quelle dérives autoritaires on peut être conduit dès lors que l'on s'écarte d'un pouce de la défense des droits démocratiques. Cette manifestation se déroulait en effet non seulement à l'appel du prétendu « centre droit », le parti Ciudadanos, allié aux élections européennes avec LREM, et au nom duquel Manuel Valls se présente à la Mairie de Barcelone, du Parti populaire, mais aussi du parti d'extrême droite Vox et de regroupements cultivant pieusement la mémoire de la dictature franquiste, comme la Phalange ou el Hogar social.
Nous ne devons pas rester silencieux ou passifs ! En signant la pétition pour la libération des prisonniers politiques catalans, en la faisant signer c'est cela que nous entreprenons. Cette exigence est d'actualité pendant toute la durée de ce procès inique.
En quelques jours, la pétition a recueilli 10 000 signatures, parmi elles de nombreuses signatures venant de Catalogne du Sud. Ces dernières nous envoient le message qu' elles ont besoin de nous, ici, de l' autre côté des Pyrénées. Répondons en la signant massivement, en la diffusant largement, et en appelant à la signer. Comme l'ont crié des centaines de milliers de CatalanEs en manifestation samedi dernier à Barcelone : « L'autodétermination n'est pas un délit ! C'est un droit ! Libération des prisonniers politiques catalans ! »

Ivan Gordillo et Jean Puyade

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