Gilets jaunes : un an après, la colère est toujours là

Lorsque, courant octobre 2018, les premiers appels à se mobiliser le 17 novembre 2018 contre la hausse de la taxe sur les carburants commençaient à circuler, nul ne pouvait s’attendre à ce qui allait se passer dans les semaines suivantes. Ce jour là, 300 000 personnes occupaient 2 000 points de blocage dans tout le pays, lançant ainsi un mouvement populaire inédit exigeant la démission de Macron. Et un an plus tard, nul ne peut contester que celui-ci a contribué à bouleverser le climat social et politique, mais aussi à bousculer l’ensemble des organisations du mouvement ouvrier. Les 16 et 17 novembre, le premier anniversaire du mouvement des Gilets jaunes était « célébré ».

À l’occasion du premier anniversaire (« Acte 53 ») du mouvement des Gilets jaunes, des rassemblements, manifestations et actions ont eu lieu au quatre coins du pays. Et le moins que l’on puisse dire est que, même si ce ne sont pas des centaines, mais des dizaines de milliers de personnes qui se sont mobilisées, la colère et la détermination sont toujours là. Depuis plusieurs jours, médias et pouvoir avaient pourtant fait monter la mayonnaise autour de cette journée-anniversaire. Annonces alarmistes, mobilisation renforcée des « forces de l’ordre », préparation de l’opinion aux prétendues « violences » jaunes… toutes les conditions étaient réunies pour que police et gouvernement cherchent à saborder ce premier anniversaire. En refusant en amont la plupart des parcours proposés par les organisateurs pour les manifestations du jour, la préfecture a nourri la frustration de milliers de Gilets jaunes, notamment celles et ceux qui voulaient dignement manifester dans la capitale.

Détermination face à la répression 

Place d’Italie où étaient présents Olivier Besancenot et le NPA, lieu de départ de la principale manifestation (manifestation déclarée, avec un parcours accepté en amont par la préfecture), les forces de police étaient omniprésentes, au contact des manifestantEs. Dans cette stratégie de tension, les affrontements ont très vite commencé, jusqu’à l’organisation d’une nasse géante largement arrosée de gaz lacrymogènes. En interdisant en début d’après-midi toutes les manifestations dans la capitale, le pouvoir porte une lourde responsabilité dans la situation chaotique que ses décisions n’ont pas manqué d’entraîner. Et il en a été de même dans d’autres grandes villes, comme Marseille, Nantes, Toulouse, Montpellier ou Bordeaux, où les gaz lacrymogènes ont aussi été largement utilisés… Une fois de plus, les blesséEs sont nombreux, avec notamment le cas de Manu, qui a perdu l’usage de son œil suite à un tir tendu de grenade sur la place d’Italie. Un mutilé de plus, qui rejoint la trop longue liste de celles et ceux qui ont subi dans leur chair le déchaînement répressif du pouvoir. Des dizaines d’interpellations ont eu lieu, et près de 1 500 contrôles préventifs ont été effectués à Paris, méthode bien connue depuis un an pour mettre la pression sur celles et ceux qui entendent descendre dans la rue.

Le bilan de ce week-end est double : une volonté d’en découdre avec le pouvoir toujours bien présente, qui s’est retrouvée dans les manifestations mais aussi dans les occupations et les différentes actions qui ont été organisées dans tout le pays, souvent dans une ambiance aussi conviviale que déterminée ; la confirmation que ce pouvoir qui n’a jamais voulu donner d’autre réponse que la répression face à la colère sociale. Plus que tout, il craint la convergence de ces colères, en particulier autour de la journée de grève et de manifestation du 5 décembre et de ses suites. Et si aujourd’hui, Macron et ses sbires ont tenté de gâcher ce premier anniversaire du mouvement des Gilets jaunes, ils n’empêcheront pas la mobilisation, massive et radicale, qui vient.

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