Saint-Ouen : expulsion des Mains d’Œuvres, lieu de vie culturelle

À Saint-Ouen (93), le matin du 8 octobre, la police délogeait l’équipe des Mains d’Œuvres, à la satisfaction de William Delannoy, le maire, qui le réclamait depuis presque deux ans. L’immeuble sera muré, en attendant le projet de Monsieur-le-Maire : déménager le conservatoire de musique. Ou comment monter artificiellement un lieu de culture contre un autre.

Musique, arts plastiques, théâtre, studios, résidences, événements publics... ce qui était à la fin des années 90 une occupation de friche, dans l’ancien centre social et sportif de Ferodo, est devenu en près de 20 ans un lieu incontournable de la vie culturelle de Saint-Ouen.

Certes, le lieu a accueilli la queer week, des soirées de solidarité avec les sans-terre brésiliens et les opposantEs à Bolsonaro, des habitantEs inquiets du projet sur la friche Wonder, un duo qui, questionnant l’économie souterraine et le statut d’artiste, mettait en présentoir quelques boulettes de résine de cannabis. Mais les Mains d’Œuvres n’ont rien d’un foyer de subversion. La France insoumise y a organisé une réunion publique pour les Européennes, mais le député LREM de Seine-et-Marne est aussi venu dans le cadre du grand bla-bla de Macron.

Immense gâchis

Bien plus que par une hostilité à la culture, c’est mû par un souci d’économie que le « pragmatique » William Delannoy a poussé l’expulsion. Reloger le conservatoire de musique dans un autre immeuble, voire construire sur une nouvelle parcelle, ce serait risquer de priver de foncier les promoteurs privés. Du gâchis !

Avec la future gare Pleyel du Grand Paris, l’attractivité de Saint-Ouen monte en flèche. Les prix de l’immobilier s’envolent et le logement social public reflue. William Delannoy n’en est pas à sa première expulsion : jardin partagé, foyer de jeunes travailleurs, bourse du travail, squats familiaux, etc. Mais toujours pour le « bien » des habitantEs.

Le bien des habitantEs se réalise en préservant des espaces des visées capitalistes. Des lieux diversifiés et largement ouverts sur la ville, comme les Mains d’Œuvres, ouvrent un accès précieux à la culture. Mais ce sont aussi des équipements de qualité largement accessibles aux petits collectifs amateurs sans moyen financier. La mise à disposition d’espaces est centrale pour favoriser une culture vivante, non consumériste, en toute autonomie. C’est grâce à un rapport de forces appuyé sur un large soutien, et souvent quelle que soit la mairie, que les lieux culturels plus ou moins alternatifs s’ancrent. C’est une des conditions pour que se développe une culture populaire. À Saint-Ouen, les Mains d’Œuvres y participent. Elles ont besoin de notre soutien. Des manifestations de soutien ont été organisées, essentielles pour construire le rapport de forces alors que le ministère de la Culture propose une vraie-fausse « médiation ».

Correspondant

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