C’est possible, ça marche : l’exemple de Dunkerque

Dunkerque est la plus grande agglomération en France (environ 200 000 habitantEs) ayant instauré la gratuité des transports en commun.

Dans cette ville conçue, après la Seconde Guerre mondiale pour la voiture, où les parkings constituaient un quart de la surface du centre, où deux tiers des déplacements se faisaient en véhicules individuels, le choix a été fait d’une rupture radicale dans les modes de déplacement de toute l’agglomération.
Il y a donc eu, conjointement à l’instauration de la gratuité, une amélioration du réseau de bus, une modification des espaces publics, une politique favorisant le vélo, avec la volonté de transformer en profondeur les habitudes de mobilité de touTEs les habitantEs.
La gratuité a d’abord été expérimentée les week-ends à partir de 2015, puis instaurée en totalité depuis septembre 2018, financée grâce à l’annulation d’un grand projet inutile, et à l’augmentation de la taxe versement transport (VT) payée par les entreprises de plus de 11 salariéEs.

Effets spectaculaires
Moins d’un an après, les effets sont spectaculaires. Concernant l’utilisation des transports en commun, le dimanche c’est + 200 %, + 300 % lors des événements festifs. En semaine, la progression est régulière, et a atteint + 80 % en juin dernier.
UnE utilisateurE sur deux prend le bus plus souvent du fait de la gratuité ; 48 % des nouveaux et nouvelles utilisaient auparavant leur voiture ; 10 % ont même vendu leur seconde voiture. Les parkings du centre-ville se vident.
Tout indique que celles et ceux qui avaient droit à des tarifications sociales ne les prenaient pas obligatoirement du fait de la stigmatisation que cela représente de « quémander » un avantage social. Ils et elles utilisent aujourd’hui massivement les transports : 33 % de nouveaux publics, notamment les habitantEs les plus pauvres, se redéplacent aujourd’hui, montrant par là que la tarification sociale n’est pas une solution pour arriver à l’égalité de toutes et tous dans les déplacements.

Modes de vie changés
L’enquête faite auprès des habitantEs bat en brèche toutes sortes de préjugés. Non, la gratuité ne se fait pas contre les modes doux de déplacement, la marche et le vélo : l’usage du vélo dans la ville a augmenté de 30 %, et 20 % des usagerEs marchent plus qu’auparavant (pour l’essentiel les anciens automobilistes).
Non, la gratuité n’augmente pas l’insécurité au motif que ce qui est gratuit n’aurait pas de valeur pour les usagerEs ; au contraire, elle diminue les incivilités (– 65 %) !
Par ailleurs, la gratuité redonne du « pouvoir d’achat » aux habitantEs, qui en ont bien besoin !
Ce qui n’est pas quantifiable est tout aussi important. Les jeunes ont une plus grande autonomie, la liberté d’accès aux transports améliore la lutte contre l’isolement des personnes âgées, car s’est créée une nouvelle convivialité, de nouveaux lieux de vie sociale, de vie collective. Le centre-ville se redynamise.
Les adversaires de la gratuité argumentaient en disant que toutes les villes où elle avait été mise en place étaient de petite taille, inférieures ou égales à 100 000 habitantEs. La réussite des premiers mois de gratuité à Dunkerque va les obliger à chercher autre chose !
Michel et Patrick

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