Suicide de Christine Renon : l’État m’a tuée

«L’idée est de ne pas faire de vague et de sacrifier les naufragés dans la tempête ! » Christine Renon, directrice de l’école maternelle Mehul de Pantin, est l’une de ces sacrifiéEs, qui s’est suicidée le 21 septembre dans son établissement. Dans la lettre qu’elle a envoyée, elle décrit son épuisement professionnel, son sentiment de solitude face à l’administration et son manque de confiance en l’institution. Ce nouveau suicide doit alerter sur les conséquences des politiques menées depuis de nombreuses années dans l’éducation nationale, dans la fonction publique et partout ailleurs. Oui, le travail tue !
Ce suicide montre une fois de plus que l’État peut, en tant qu’employeur, pousser au suicide : autoritarisme, infantilisation, humiliation, pressions hiérarchiques, réformes incessantes, restructurations, suppressions de postes… Aujourd’hui les conditions de travail dans l’ensemble des administrations se dégradent et tous les personnels sont pressurés. La souffrance au travail existe bel et bien et les burn-out, les démissions, les suicides se développent partout… malgré l’omerta. Et ce que vient de faire Christine Renon avec son geste tragique et ses lettres, c’est de briser l’omerta, mettre au grand jour les suicides, les conditions de travail des directeurs et directrices d’école, mais aussi celles de nombreux secteurs : hospitalier, rail, finances publiques, territoriale…
Le cas de Christine Renon fait écho à une infinité de situations, dans le public comme le privé. Car la réalité du travail est à des années-lumière du monde aseptisé et pacifié que certains veulent nous vendre. Combien d’entreprises, petites ou grandes, avec leurs pressions managériales, leurs restructurations perpétuelles accompagnées de répression syndicale, combien de travailleuses et de travailleurs touchés ? Nul besoin de sondages ou d’enquêtes internet : il suffit de travailler pour le savoir.
Christine Renon a voulu que son suicide porte, loin, fort, qu’il pousse à réfléchir, à se mobiliser, à faire bouger les choses. Elle a voulu faire de sa mort un acte militant. Agissons donc toutes et tous pour ne plus perdre notre vie à la gagner !

Josephine Simplon

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