Ancrer la grève et la mobilisation contre la réforme des retraites pour gagner

Les manifestations de ce mardi ont rassemblé de nouveau plusieurs centaines de milliers de personnes. Par rapport à jeudi 5 décembre, la baisse est d’un tiers à la moitié, selon les villes. Les chiffres de grève sont très peu connus à cette heure. On sait juste qu’ils sont en baisse dans l’Éducation nationale et plutôt stables dans les transports. Mais plusieurs éléments viennent relativiser le recul global des chiffres.

Le premier est que les manifestations étaient très déterminées, avec des cortèges intersyndicaux ou interprofessionnels dans de nombreux secteurs et villes. Les salariéEs mobiliséEs semblent largement convaincuEs de la nécessité de continuer la lutte. Le second est que la grève du 5 était connue depuis longtemps, que beaucoup de travailleurs.ses s’étaient préparéEs à être mobilisés ce jour-là, alors que le 10 n’a été annoncé que le 6, ce qui laissait une petite journée de travail, lundi, pour construire cette mobilisation, la faire connaître et entraîner dans la grève.

Globalement, les événements montrent qu’à part à la RATP, les salariéEs n’étaient pas préparéEs par les organisations syndicales à un moment dur, tel qu’il est nécessaire pour gagner. Ce travail reste largement devant nous. La grande force de ce mouvement qui commence seulement est que, à un niveau que nous n’avons pas connu depuis des décennies, des milliers de personnes se mettent en mouvement pour être acteurs/trices de leur mobilisation. De nombreux/ses syndicalistes, au niveau local, ont compris l’intérêt d’être « débordés » par des personnels qui ne sont pas issus de leurs rangs et prennent en charge la construction du mouvement, les tournées pour convaincre les salariéEs hésitantEs, les rencontres avec d’autres secteurs.

Il existe malheureusement de plus en plus de « déserts syndicaux » ou d’équipes démoralisées et inactives, mais il est possible que le mouvement, avec le travail réalisé au niveau local, se construise et que la grève se renforce. En tous cas, c’est le pari que nous devons faire : compter sur la force d’entraînement de la journée du 5 décembre et de la grève reconductible très majoritaire dans les transports et avec une minorité solide et militante dans l’éducation, pour que le mouvement s’élargisse et que la confiance aille crescendo

 

La réponse du gouvernement : la division

Macron sait qu’il a face à lui un mouvement extrêmement dangereux. Il tente donc de déminer au maximum pour faire passer l’essentiel, la retrait par points et l’individualisation des retraites. Il multiplie donc les annonces, sérieuses ou farfelues, pour tenter de casser le mouvement.

Les plus étonnantes sont les déclarations de Blanquer, qui prétend vouloir augmenter les enseignants pour qu’ils touchent à la retraite autant que les autres salariés de catégories A. Il promet donc que « la revalorisation de 400 millions d'euros annuels « sur plusieurs années » se fera par des augmentations de salaires et de primes, et sera fonction de l’âge et de l’activité des enseignants » (Les Échos). Donc en substance, il promet en moyenne 42 euros d’augmentation par mois, selon des critères obscurs, supposés compenser les centaines d’euros perdus sur les pensions en cas de réforme.

E. Philippe devrait promettre que la mise en place de la réforme ne toucherait que les générations après 1973, voire 1975 ainsi qu’un recul de la date d’entrée en vigueur de la réforme Une façon de rassurer les salariéEs les plus ancienNEs, sans répondre à la question de commencer à rendre cette mesure compatible avec le maintien du coût des retraites à 14% du PIB.

Enfin, il prétend que le montant du point ne baissera pas, mais en réalité, par rapport à l’inflation, il baissera… et cette mesure n’enrayera pas la baisse mécanique des pensions par la modification du calcul des pensions sur l’ensemble de la carrière.

L’essentiel pour le pouvoir est de faire passer le système par points, de réduire drastiquement les retraites pour ouvrir la voie aux assurances privées.

 

Construire la lutte pour gagner

L’intersyndicale vient d’annoncer qu’elle « appelle à poursuivre la grève y compris de façon reconductible là où les salarié.es le décident, à organiser des actions de grève et de manifestation localement le jeudi 12 décembre, puis le week-end des 14 et 15 décembre et à faire du mardi 17 décembre une journée de grève et de mobilisation massive. » Autrement dit, elle encourage la mobilisation sans jouer un rôle moteur.

Les choses sont donc claires : il faut effectivement massifier le mouvement de grève reconductible partout où c’est possible. Faire en sorte que le 17 décembre permette d’entraîner là où la grève est la plus difficile à construire, dans le privé particulièrement.

Pour avancer dans cette direction, nous devons renforcer les liens interprofessionnels au niveau local : il s’agit de se donner confiance par des rencontres entre secteurs, de tourner dans les établissements où la grève est difficile à mettre en place (hôpitaux, administrations, privé…). Mais aussi, voire surtout, faire en sorte que les personnels mobilisés prennent en charge leur mouvement : organiser des actions, des manifestations locales le 12 décembre, des débrayages, des meetings interprofessionnels de mobilisation, des collectes pour les caisses de grèves. Faire en sorte que, petits à petit, ce soit les grévistes qui organisent la lutte, et non les grandes directions syndicales dont une partie, à n’en pas douter, cherche un compromis avec le gouvernement.

Si le mouvement continue à se construire, à faire face aux pièges, il peut remettre en cause l’entièreté de la politique de casse sociale du gouvernement, dégager Macron et sa politique.

Antoine Larrache

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