Le Medef ordonne, le gouvernement exécute

« Continue Emmanuel », a lancé Manuel Valls sur Europe 1. Il y a quelques mois, c’était Christine Lagarde, ex-ministre de Sarkozy et directrice générale du FMI, qui lançait qu’il faudrait d’autres lois Macron. Et Macron de présenter lundi 9 novembre les grandes lignes de sa nouvelle loi. Une nouvelle étape dans une offensive globale contre les garanties collectives.

En début d’année, les lois Macron I et Rebsamen avaient marqué une première offensive coordonnée de démantèlement des droits sociaux, succédant à la réforme des retraites du début 2014 qui avait modifié le nombre des trimestres nécessaires pour une retraite à taux plein. Ce « succès » engrangé, la lutte unie du gouvernement et du patronat continue, et continuera en 2016.

Code du travail, retraites, chômeurs...

Il y a d’abord le chantier de la réforme du code du travail initié par le rapport Combrexelle : l’assouplissement du droit du travail est supposé avoir la vertu miraculeuse de créer des emplois car, comme l’a déclaré Gattaz, le dirigeant du Medef, « Le CDI est (...) très anxiogène. Il faut absolument faire (en sorte) qu’[il] soit beaucoup plus sécurisé »... Quand ces gens parlent de sécurité, il faut en fait entendre moins de droits (donc moins de sécurité) pour les salariéEs.

En novembre 2014, François Hollande avait déclaré qu’« aujourd’hui l’âge de la retraite c’est 62 ans, en 2030, ce sera 63 ans ». Un lapsus (il s’était mélangé avec le nombre de trimestres) tout à fait révélateur, comme le montre l’accord sur les retraites complémentaires signé fin octobre entre le patronat et les organisations syndicales à sa botte (CFDT, CGC, CFTC). En effet, au nom de la sauvegarde des régimes Arrco et Agirc, et sous l’étiquette attrayante de « liberté de choix », est introduit un bonus-malus : à partir du 1er janvier 2019, quiconque atteindra l’âge légal de départ à la retraite (62 ans) et la durée de cotisation requise pour une retraite à taux plein du régime de base devra patienter au moins un an de plus. Sinon, c’est le malus, une décote de 10 %. De plus, pendant trois ans (pour l’instant), dès 2016, la revalorisation des pensions sera de 1 % inférieure à la hausse des prix. Enfin, une hausse des cotisations des salariés est programmée (le patronat a obtenu que la hausse de sa quote-part soit compensée par une baisse équivalente de sa cotisation accidents du travail-­maladies professionnelles). Avec ces mesures, le report de l’âge légal à 63 ans est clairement en marche.

Les droits des chômeurs sont aussi dans le collimateur. La dernière convention d’assurance chômage a été signée en mai 2014. Sans ­attendre la prochaine, des mesures de contrôle supplémentaires sont entrées en vigueur tandis qu’une action de persuasion est menée pour convaincre les inscrits à Pôle emploi qui travaillent, mais qui souhaitent changer d’emploi ou dont le contrat est précaire, de changer de catégorie d’inscription... ce qui permet de dégonfler les chiffres !

Macron II : le travailleur en tranches...

Lundi 9 a été officiellement annoncé le « Macron II », la loi sur les « nouvelles opportunités économiques » (« Noé »). Dans son intervention, Macron a été peu précis : il s’agirait de permettre à chacun de « trouver sa place » dans la « transformation » numérique. Comme la loi Macron I, le nouveau texte du ministre de l’Économie traitera d’une multiplicité de sujets : financement des entreprises, marché du travail, formation, mais aussi « modernisation » (c’est-à-dire libéralisation), dans des secteurs comme la santé, les médias, l’exercice de certains métiers. La fiscalité sera impactée, notamment pour développer « une forme de fonds de pension à la française ». Nouveau coup de canif aux 35 heures : les possibilités de forfait-jour pourraient être élargies. Macron a évoqué un assouplissement des qualifications nécessaires pour exercer certains métiers du bâtiment ou de l’artisanat. Il a dit aussi vouloir faciliter l’entrepre­neuriat individuel qui correspondrait à une large aspiration : beaucoup de gens ne voulant pas être salariés devraient avoir la liberté de ne pas l’être, ou de pouvoir ­cumuler plusieurs statuts... Comme si cela n’existait pas déjà et n’avait aucun rapport avec le chômage, le temps partiel contraint, et les faibles salaires... Et tout le monde ne développe pas des applications internet à ses moments perdus. 

Pour l’instant, tout cela reste vague : les mesures concrètes seront annoncées mi-décembre – après les régionales – et le texte bouclé en janvier. Mais le projet bénéficie sans attendre d’une communication large sur Twitter, avec le hashtag #noé. Le travailleur en tranches serait donc l’idéal du futur : avec plusieurs boulots, salariés ou non, avec des contraintes horaires multiples, et au détriment de la vie familiale. En fait, ce discours prétendument moderne cache l’antienne habituelle : le monde change, il faut s’adapter ou mourir. Avec ici du piment supplémentaire : un déterminisme sauce Macron & patrons qui voit dans le numérique l’architecte incontournable de la société de l’avenir.

Il n’y a pas de déterminisme des forces productives, c’est bien la lutte des classes qui modélera le visage du futur, même avec le numérique. Et dans cette lutte, Macron, Valls, Hollande et le PS ont choisi leur camp : laquais des patrons !

Henri Wilno

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