Monoprix veut nous faire « jouer à la caissière »

Dans les semaines qui viennent, il va être difficile d’échapper à la campagne de publicité de Monoprix à la télévision et sur les réseaux sociaux pour son service coupe-file qui permet d’éviter de passer par la caisse lorsque l’on fait ses courses. On verra par exemple un film tourné en Ukraine (les figurantEs et technicienEs doivent être moins cher !) qui met en scène des hommes préhistoriques qui font la queue pour obtenir de la nourriture.

Le président de Monoprix, Régis Schulz, déclare qu’il vise un million d’utilisateurEs pour ce service dans tous ses points de vente et déclare : « Une fois les coordonnées bancaires saisies, c’est facile et même ludique : il y a un petit côté "gamification" de l’acte d’achat. Vous jouez à la caissière ! »

Les grandes chaines de distribution comme le groupe Casino (dont Monoprix fait partie) bénéficient depuis des années de centaines de milliers d’euros d’allègements de cotisations sociales employeurs et, maintenant, elles sont parmi les plus gros gagnants du CICE. Néanmoins, animées par leur soif de profits, elles exercent une pression constante sur l’emploi et des conditions de travail du personnel, comme en témoignent les suppressions d’emplois en cours chez Carrefour. Malgré la hausse de ses bénéfices, le groupe Casino, pour sa part, a annoncé, en avril dernier, la cession des murs de plusieurs magasins Casino et Monoprix. 

Il ne fait pas de doute qu’il est parfois irritant de faire la queue en attendant de passer à la caisse. Mais, souvent, les queues sont allongées par le fait que toutes les caisses ne sont pas ouvertes. Et surtout, il y a une indécence à parler de « jouer à la caissière ». Les travailleurEs de Monoprix ne « jouent » pas : quel que soit leur poste, sous-effectifs, contrats précaires et bas salaires sont leur quotidien. Quant aux caissières, elles souffrent de pénibilités importantes : pénibilité physique (liée à la répétition des mêmes gestes et à la manipulation des produits tout au long de la journée), pénibilités relationnelles (relations avec les chefs et certains clients qui se défoulent), pénibilités temporelles (contrôle des rythmes de passage en caisse, organisation des plages horaires). 

Dans une autre société, non régie par le profit, les nouvelles technologies pourraient être utilisées dans l’intérêt des salariéEs et des usagerEs. Mais là, ce n’est pas le cas : des postes de caissierEs seront supprimées mais, pour celles qui resteront et les autres postes dans les magasins, précarité et pénibilités subsisteront. Que ce monsieur Schulz vienne « jouer à la caissière » pendant un mois, il verra ce que c’est !

HW

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