Meurtres à la Préfecture de Paris : l’impasse de la surveillance généralisée

Le jeudi 3 octobre, un agent de la Direction du Renseignement de la Préfecture de Paris (DRPP) a tué quatre de ses collègues et en a blessé plusieurs autres. L’horreur suscitée par cet acte est légitime, mais le chef de l’État et son ministre de l’Intérieur en profitent pour avancer plus vite vers la société du soupçon et de l’islamophobie assumée. En essayant de rallier le plus grand nombre à leur cause.

Christophe Castaner, après avoir affirmé, tant la réalité lui paraissait impensable, que ce n’était pas un acte terroriste, a dû se résoudre à accepter que le parquet national antiterroriste (PNAR) se saisisse de l’attaque au couteau, puisque la piste terroriste ne serait pas à écarter. Il faut cependant noter qu’à l’heure où ces lignes sont écrites, cet attentat n’a pas été revendiqué.

La société qu’ils veulent

Dès la cérémonie en l’honneur des agents assassinés, Macron a appelé tous les français à construire « la société de la vigilance » et à tuer « l’hydre islamique ». Et en élève modèle de la macronie, Castaner a vite traduit : il faut « une signalisation automatique des individus »« ceux qui ont une pratique rigoriste, qui portent la barbe, ceux qui sont récemment convertis à l’islam, qui ont une pratique ostentatoire de la religion »

En soi ces éléments ne sont pas des signes d’allégeance au terrorisme islamique mais ce sont des pratiques de l’islam. Tout musulman est donc aujourd’hui officiellement un suspect à dénoncer et qui sera livré par des délateurs consciencieux !

La société que nous voulons

D’autres analyses sont possibles après cet attentat. Celui-ci démontre qu’une structure secrète, protégée, bien dotée en moyens humains comme la DRPP ne peut pas empêcher quelqu’un déterminé à tuer de le faire, même dans ses propres locaux. Ni empêcher, si les premières informations se révélaient vraies, la radicalisation discrète d’un agent. Beaucoup se demandent alors si avec autant de moyens mis à la disposition de la police en général et aux renseignements en particulier n’empêchent pas les passages à l’acte, cela a une quelconque utilité ? Cela sert à ficher, suivre, arrêter tous ceux et celles qui s’opposent au pouvoir, les Gilets jaunes notamment en font la rude expérience.

La société de vigilance, c’est non seulement celle du soupçon, de la légitimation de la chasse aux musulmans que l’on connaît déjà, de l’exacerbation de l’islamophobie mais dans cette société du tous contre tous, Macron tente de nous empêcher de nous battre ensemble dans une vraie lutte, contre ce système économique antisocial, autoritaire. Il tente de dévoyer nos justes colères. Et notre objectif qui est d’inventer un autre monde.

C’est pour cela que plus que jamais le NPA sera dans tous les combats contre le racisme dont l’islamophobie, pour l’égalité aux droits de tous et toutes. Et dans tous les combats sociaux pour la santé, l’éducation, pour nos services publics.

Et puisqu’ils servent essentiellement contre nous, nous sommes pour immédiatement la diminution des moyens de la police.

Roseline Vachetta

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