Pédophilie : Un cardinal sous les « spotlight »

Peut-être Philippe Barbarin, cardinal de son état, va-t-il bientôt comparaître devant un tribunal, pour non-dénonciation de crimes...

D’ordinaire, en dehors des lieux ecclésiastiques, c’était plutôt dans les manifs homophobes et puritaines qu’on avait des chances de rencontrer ce grand défenseur de la famille et des enfants. Barbarin marchait en effet en tête de la foule des culs bénis qui conspuaient le mariage pour tous le 13 janvier 2013. Aujourd’hui, le voici donc rattrapé par son passé : des victimes de prêtres pédophiles, dont l’association La parole libérée, annoncent leur intention de le poursuivre en justice.

Certains faits remontent à 1991, d’autres sont plus récents. à diverses reprises, des victimes et leurs familles se sont en effet adressées à lui, par exemple pour l’informer du comportement d’un certain Bernard Preynat, aumônier d’un groupe de scouts d’un quartier chic de Lyon. Ce dernier est resté en activité jusqu’en août 2015 ! Entre-temps, Barbarin lui avait pardonné ses péchés, sans se soucier des risques de récidive. En 2009, une des victimes avait pourtant rencontré et informé Barbarin en personne. Non seulement, celui-ci n’a ni dénoncé ni sanctionné les pédophiles violeurs, mais il a même promu l’un d’eux au rang de « doyen », c’est-à-dire de responsable de plusieurs paroisses.

Le scandale fait du bruit, mais le silence des bonnes âmes – comme Ludovine de la Rochère ou Frigide Barjot, leaders des manifs dites pour tous, si promptes à cracher sur le mariage gay – est étourdissant.

Un phénomène mondial de grande ampleur

Ces faits ne sont pas sans rappeler ceux dénoncés par le récent film Spotlight, qui raconte comment une enquête journalistique a mis en lumière en 2002 les agissements de près de 400 prêtres pédophiles dans la seule ville de Boston. Dans l’ensemble des États-Unis, ce seraient 4 400 prêtres qui se seraient livrés à des abus sexuels sur des mineurs entre 1950 et 2002, selon une étude du John Jay College of Criminal Justice de New York de 2004.

On retrouve des exactions semblables dans presque tous les pays du monde. Un scandale a par exemple éclaté récemment à Ratisbonne, en Bavière, où des centaines d’enfants ont été maltraités par des prêtres et des enseignants pendant des dizaines d’années. En France, on se souvient de l’affaire des Apprentis d’Auteuil, institution dite « charitable » où les sévices étaient quotidiens. Depuis, cette chaîne d’orphelinats religieux s’est contentée de changer de sigle pour devenir Les orphelins d’Auteuil. On peut découvrir sa publicité sur internet avec des enfants radieux...

Pendant des siècles, pratiquement jusqu’à la Révolution française, l’Église a fonctionné avec ses propres lois et sa propre justice : les prêtres ne rendaient de comptes qu’à leur hiérarchie, toujours bienveillante pour ce genre de forfaits considérés comme mineurs. Encore aujourd’hui, l’avortement, la contraception ou même l’homosexualité, sont considérés comme des péchés beaucoup plus graves que le viol, y compris le viol de mineurs.

La justice civile a toujours, elle aussi, manifesté une certaine indulgence envers les hommes d’Église. Quant à la bonne bourgeoisie, elle sait accorder le pardon à ces brebis égarées dans la mesure où elle tient à préserver l’image d’une institution millénaire qui continue à servir ses intérêts.

Gérard Delteil

 

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