Un racisme d’État qui vient de loin

Le racisme n’est pas qu’une affaire d’attitudes individuelles d’hostilité envers les étrangers, immigrés, ou supposés tels. Il est inscrit dans le fonctionnement même de la société capitaliste et de ses institutions et se traduit par les discriminations systématiques qui les frappent dans tous les domaines : emploi, éducation, logement, santé, ce qui permet de parler de racisme systémique, ou institutionnel. Si l’on y ajoute la façon dont sont traitées les personnes concernées par les administrations d’État, à commencer par la police et la justice, plus toutes les lois anti-immigrés ou carrément discriminatoires, c’est ce qui nous fait parler de racisme d’État, terme contesté au nom de la République qui ne pourrait pas être raciste. Racisme d’État ne veut pas dire État raciste comme le nazisme, l’apartheid en Afrique du Sud ou la ségrégation raciale aux États-Unis. Cela signifie que l’État par ses lois, son État, sa justice, ses médias et ses institutions propagent le racisme.


Matrice coloniale
En France, il est profondément lié au système colonial qui a régné pendant plus de deux siècles. La justification de l’exploitation des populations autochtones a reposé sur une propagande honteuse montrant leur caractère inférieur et a conduit à toutes les horreurs ; le symbole étant le Code Noir, les zoos humains et les exhibitions de populations étrangères. Pendant des siècles, l’appareil d’État a été gangrené par le racisme particulièrement au moment de la guerre d’Algérie où les Arabes étaient désignés comme l’ennemi, autorisant la police et l’armée à assassiner, torturer en toute impunité. On retrouve aujourd’hui chez les forces de l’ordre le même racisme lorsqu’elles contrôlent systématiquement les jeunes aux allures d’origine étrangère, les maltraitent, les traquent jusqu’à les tuer.


Le racisme colporté au plus haut niveau de l’État
Il y a une forme plus insidieuse de racisme : c’est ce qu’on peut appeler le racisme culturel. Les migrantEs qui cherchent à s’installer en Europe seraient porteurs d’une culture qui représenterait un danger pour la prétendue identité française. On se rappelle les propos de Manuel Valls concernant les Roms qui auraient « vocation à rester en Roumanie ou à y retourner ». Généralement l’accent est porté sur le danger que représenterait l’islam comme religion. Ce racisme culturel s’est encore développé à la faveur des attentats terroristes, débouchant sur l’amalgame : maghrébin = musulman = islamiste = terroriste. Ajoutons à cela l’instrumentalisation consciente de la notion de laïcité. De l’extrême droite jusqu’à certains milieux se disant de gauche, la défense de la laïcité est brandie comme un étendard contre la religion musulmane qui par nature serait incompatible avec leur conception de la laïcité.
Les préjugés ressassés par l’extrême droite sont repris par des ministres, de prétendus intellectuels, des journalistes. Le gouvernement Macron, comme les précédents, alimente le racisme quand il instille le soupçon systématique, organise la chasse aux migrantEs, refuse de régulariser les sans-papierEs, couvre les violences policières racistes dans les quartiers populaires et mène à l’étranger une politique néo­coloniale digne de ses prédécesseurs.
Les classes dominantes sont conscientes des dangers de contestation que peuvent provoquer leurs politiques libérales. Pour faire face aux contestations sociales d’ampleur, elles agitent la haine et la peur de l’étranger – à la fois attisées et justifiées par la fermeture des frontières.
Nous continuerons de dénoncer et combattre le racisme sous toutes ses formes, y compris et ­notamment le racisme d’État.

Licence créative commons

Nos articles sont publiés sous licence Créative Commons. Voir les détails.