Journalisme complaisant pour un 14 juillet de « concorde nationale »....

Cette année encore, la « fête nationale » a donné lieu à une débauche d’émissions et de reportages en l’honneur du président de la République et de l'armée. 

En temps de crise, on perçoit la nécessité de célébrer le gouvernement et l’armée au service des multinationales françaises (Dassault, Lagardère, etc.), plutôt que la Révolution de 1789 et ce qu’elle représente : l’irruption des classes populaires sur la scène politique. L’imposture ira jusqu’à ces clips télévisés en l’honneur de l’armée, affirmant que « depuis toujours, la Défense est au service de la paix ». Les victimes des grandes boucheries, qu’ont été les guerres mondiales et coloniales, apprécieront.

Plus profondément, qu’en est-il du rôle des grands médias dans cette campagne de désinformation ? Ils ne se sont pas contentés de relayer cette campagne ; ils lui ont donné un retentissement sans pareil. Cela débute sur le « service public » (France 5), avec la diffusion, lundi soir, d’un documentaire effarant de complaisance sur le chef de l’Etat. Outre des questions inoffensives posées au président, les auteurs du documentaire s’extasient devant la « dimension internationale » de Sarkozy et sollicitent des collaborateurs (Guaino, Guéant, Hortefeux) ou des politiciens amis (Blair, Merkel, El Assad), pour nous dire tout le bien qu’ils pensent de lui.

Le 14 juillet, c’est TF1 qui obtient, comme il se doit, ses entrées à l’Elysée pour proposer aux téléspectateurs une séance de tourisme (avec Claude Guéant, secrétaire de l’Elysée, pour guide) et un entretien avec la femme du souverain, Carla Bruni. On apprend ainsi que Sarkozy « est habité par une obsession, qui est de servir notre pays et d'aller au bout de ses promesses », et que « désormais, l’armée nous protège de la guerre ». Il est vrai que le propriétaire de la chaîne, Martin Bouygues, n’est rien moins que le « meilleur ami » du président, son témoin de mariage et le parrain de son dernier enfant.

Enfin, France 2 enfonce le clou pendant la soirée, en proposant une émission consensuelle à l’extrême. Celle-ci vise à embellir l’image de l’armée, en invitant des stars (Darmon, Dombasle, Lizarazu, etc.) à en faire la promotion. L’émission s’achève sur une interview, servile jusqu’à la nausée, de Michel Drucker, qui nous informe de choses capitales : le président admire le cycliste Lance Armstrong et pratique lui-même le vélo, à ses heures perdues. Sur la crise, les emplois, les salaires ou le logement, on repassera. Le 14 juillet, c’est l’heure de la « concorde nationale », et les grands médias sont là pour nous le rappeler.

On ne peut que s’opposer à ce journalisme courtisan, qui passe sous silence la crise et ses effets délétères sur la population, réduit l’information au simple discours que les puissants portent sur eux-mêmes et ramène la politique aux banalités qui émaillent le quotidien des politiciens professionnels. Plus que jamais, le droit d’informer et de s’informer – qui impose un véritable pluralisme et une réelle indépendance de la presse – est une Bastille à prendre.

Léo Carvalho

 

Licence créative commons

Nos articles sont publiés sous licence Créative Commons. Voir les détails.