La précarité des femmes n'est pas une fatalité ! Manifestation nationale samedi 17 octobre !

L’extension de la précarité dans le travail constitue aujourd’hui un instrument majeur des classes dominantes pour diviser les salarié-e-s et individualiser les situations de travail. Si elle touche tout le monde, elle concerne particulièrement les femmes et contribue à renforcer les discriminations que celles-ci subissent dans l’emploi et dans la sphère publique.

La crise économique aujourd'hui sert de loupe aux inégalités entre les femmes et les hommes dans l'emploi. En effet, comme l’a noté l’Observatoire des inégalités1, cette crise a paru – au moins dans un premier temps – moins toucher les femmes que les hommes pour ce qui concerne l’emploi. Entre juin 2008 et juin 2009, l’augmentation du chômage a été deux fois plus forte pour les hommes (+27 %) que pour les femmes (+11 %), sur un total de 571 900 chômeurs supplémentaires. Cet apparent paradoxe est dû à la segmentation du marché du travail : les hommes et les femmes n’occupent pas les mêmes postes, ni dans les mêmes secteurs. Cette hausse du chômage a d’abord été causée par les fins de contrats d’intérim, surtout dans le bâtiment, et les licenciements massifs dans l’industrie.

Mais la même étude montre que la situation va probablement s’aggraver pour les femmes. Ces chiffres ne sont en réalité que la partie émergée de l’iceberg. Moins visibles que les licenciements, les suppressions d’emplois dans les services et dans la fonction publique se poursuivent, massivement. Et surtout, les femmes sont les premières victimes de la précarité que la crise aggrave, renforçant l’effet des contre-réformes néolibérales qui s’accélèrent.

De plus, l’histoire montre que durant les périodes de crise économique, les questions d’égalité professionnelle entre les sexes sont reléguées au dernier plan. Ainsi, tous les dispositifs en faveur de l’égalité salariale ont été progressivement vidés de tout contenu effectif. Il est donc urgent de se mobiliser toutes et tous, pour des emplois véritables, à temps plein, pour nos salaires, et pour une véritable égalité.  

Inégalités

Les femmes sont actives depuis les débuts de l’industrialisation, mais ce n’est que dans les années 1960 que cette activité a acquis une visibilités quand les femmes sont sorties de la sphère domestique : auparavant, elles travaillaient surtout dans des exploitations agricoles, artisanales, commerciales et donc dans un cadre de subordination familiale et conjugale (même s’il y avait aussi de nombreuses ouvrières et employées). Les femmes ont commencé à conquérir une autonomie véritable en devenant très majoritairement salariées. En France de 1975 à 2007, le taux d’activité des femmes entre 25 et 49 ans a augmenté de 60 % à près de 83 %. Cette évolution s’est réalisée dans presque tous les pays industrialisés, à des rythmes différents. Ainsi, depuis 2007, le monde du travail est quasi paritaire (en France, les hommes représentent 53 % des salariés et les femmes, 47 %).

Mais de profondes disparités existent selon les secteurs d’activité.

 

Les chiffres des inégalités

2/3 des emplois peu qualifiés ou dont les qualifications ne sont pas reconnues sont occupés par des femmes.

82 % des salariés à temps partiel des femmes.

80 % des salarié(e)s touchant moins que le Smicsont des femmes à 74 % en temps partiel.

En moyenne, les salaires des femmes sont inférieurs de 25 % à ceux des hommes.

En 2007, le taux de chômage moins de 25 ans était de  23 % chez les femmes 19 % chez les hommes.

Le niveau de vie des familles monoparentales est inférieur d’environ 25 % à celui des ménages avec enfants.

42% des mères isolées vivent sous le seuil de pauvreté 18 % des couples avec enfants, 1/3 perçoivent une pension alimentaire. 

 

Temps partiel

Quasi inexistant en France jusqu’au début des années 1980, l’augmentation du temps partiel provient de mesures instaurées par les gouvernements successifs jusqu’à aujourd’hui, notamment les exonérations de cotisations sociales qui incitent les patrons, dans certains secteurs (nettoyage, grande distribution) à ne plus créer d’emplois à temps plein. S’accompagnant souvent de la flexibilité des horaires et de la précarité de l’emploi (CDD), il est source de profits plus importants pour les entreprises. Son accroissement a contribué à la progression du nombre de « travailleurs pauvres » au cours des années 1990. En outre, temps partiel est synonyme de retraite partielle.

La vraie question n’est pas de savoir si le travail à temps partiel a été choisi un peu, beaucoup ou pas du tout, mais d’en voir les conséquences. Par ailleurs, que signifie « choisir » quand les pressions sont tellement fortes qu’il n’y a pas d’autres solutions ? Quand les emplois qui sont proposés ne sont jamais à temps plein ? Quand les contraintes de la vie familiale deviennent trop complexes, que le partage des tâches ménagères et parentales au sein des couples est inexistant ? Les pressions sont également idéologiques. Le travail à temps partiel est devenu la figure emblématique de la division sexuée du marché du travail et de la prétendue « conciliation de la vie professionnelle et de la vie familiale » que les stéréotypes sociaux réservent aux seules femmes. 

Chômage

On oublie trop souvent le sur-chômage des femmes, celui des immigrées, des ouvrières. Même au temps des Trente Glorieuses, quand les taux de chômage étaient au plus bas, les femmes étaient déjà davantage touchées que les hommes. C’est chez les plus jeunes (moins de 25 ans) que l’écart des taux de chômage se creuse. Pourtant les femmes ont un niveau de diplôme plus élevé et l’ « effet famille » ne joue pas dans cette tranche d’âge (l’âge moyen de la maternité est de 29 ans en France).

Les inégalités ne s’additionnent pas, elles se multiplient. Les employées sont trois fois plus au chômage que les cadres supérieurs, les ouvrières cinq fois plus. Les jeunes étrangers sont cinq fois plus au chômage que les Français d’âge intermédiaire, les femmes étrangères six fois plus. Dans le halo du chômage, c’est-à-dire chez les personnes qui ne satisfont pas à toutes les conditions pour être classées comme « chômeur », les femmes sont majoritaires.

La porosité des frontières entre chômage et inactivité (entre une chômeuse découragée ou momentanément indisponible notamment pour raisons familiales et une femme au foyer) ne rend pas compte de la réalité. Dans la population en âge de travailler, l’inactivité est un statut qui demeure socialement admissible pour les femmes, difficilement pensable pour les hommes. Il existe donc une sélectivité dans le chômage, liée au sexe, aux classes sociales et à la nationalité. Cette sélectivité est marquée par une sorte d’invisibilité et de tolérance sociales.

Pauvreté

Les emplois mal payés poussent les femmes sur la pente glissante de la pauvreté. Le plus souvent, ces emplois sont dépourvus de perspectives et de reconnaissance professionnelle, ce qui renforce la souffrance au travail et complique l’articulation entre vie familiale et professionnelle. Face aux difficultés du monde du travail, certaines femmes se retirent de l’activité de façon temporaire, définitive ou réduite, avec des conséquences négatives en chaîne sur leur carrière, leur salaire, leurs droits à la retraite.

L’interruption d’activité au moment de la maternité, de la petite enfance (encouragée par l’Allocation parentale d’éducation) où la prise en charge des tâches domestiques incombe majoritairement aux femmes, qui subissent ainsi une double peine. Les salaires des hommes étant plus élevés, les ménages tendent à favoriser la carrière du père au détriment de celle de la mère.

La séparation ou le décès du conjoint conduisent souvent à des situations de difficultés exacerbées tant au niveau matériel (finances, logement, santé) que psychologique. Les femmes sont davantage confrontées à la misère. 

Combattre la crise, combattre les inégalités

L’exploitation capitaliste s’articule avec l’oppression patriarcale pour mettre en place la division sexuelle et sociale qui, en assignant les femmes prioritairement à la famille permet au patronat de bénéficier d’une main-d’œuvre toujours moins chère.

Aujourd’hui les classes dominantes, les gouvernements de droite, ne se donnent pas pour objectif de renvoyer au foyer le plus grand nombre de femmes possible, comme cela pouvait être encore le cas, il y a une quinzaine d’années. L’objectif de la « Stratégie européenne de l’emploi », mise en avant par la Commission européenne, est au contraire de contribuer à augmenter le taux d’activité des femmes.  
Mais cet objectif est explicitement lié à celui de l’extension maximale de la précarité et du temps partiel. Il est aussi inséparable de toutes les politiques de workfare, de travail forcé qui dans tous les pays « incitent » les chômeurs à prendre n’importe quel boulot précaire et mal payé (par exemple le RSA). Inséparable aussi de toutes les politiques  
de recul de l’âge de la retraite.

En France, le gouvernement veut favoriser les carrières d’une minorité de femmes cadres (la thématique des obstacles rencontrés par les femmes dirigeantes est omniprésente) et creuse encore davantage les inégalités entre femmes, moyennant notamment l’extension d’une nouvelle domesticité : c’est le développement des emplois de services à la personne, exercés dans la précarité la plus extrême, à temps très partiel, parfois six ou huit heures par semaine ! Pendant ce temps, le gouvernement s’attaque à l’école maternelle et à tous les services publics.
Face à cette politique, il faut relier l’exigence d’un travail à temps plein pour toutes et tous, l’exigence d’une réduction véritable de temps de travail sans perte de salaire avec obligation d’embauches correspondantes, l’interdiction de la précarité et de la flexibilité des horaires.

Ces exigences vont de pair avec la défense et l’extension de tous les services publics et de la protection sociale.  

 

 

 

 

 

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