Le NPA, de l'extrême gauche " new look " au repli sectaire (Le Monde du 29 juin)

NPA, trois lettres pour un nouveau départ. C'était en février 2009 et tout semblait réussir au "parti d'Olivier". Deux ans plus tard, il est pris de convulsions, comme au seuil d'une lente agonie. L'organisation, déchirée jusqu'au sein de sa direction, qui a perdu plus de la moitié de ses troupes, vient de désigner Philippe Poutou, ouvrier de l'automobile, un ancien de Lutte ouvrière, pour le représenter à la présidentielle. Un inconnu élu sur une ligne sectaire digne des années 1970.

Le monde politique semblait sourire à cette extrême gauche new-look. Le lancement du Nouveau parti anticapitaliste était censé tourner la page de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), sortir de la marginalité des aînés et hisser enfin le parti à la hauteur de la popularité de son leader. Environ 9 000 adhérents s'étaient pressés à la porte de cette organisation devenue le réceptacle des nouvelles radicalités. Une gauche plus ouvrière, plus jeune et plus rageuse.

Son leader, au look décontracté et au verbe percutant de salarié "comme les autres", tranchait avec les costumes-cravates des notables socialistes. C'était le seul opposant à Nicolas Sarkozy, la "vraie gauche" qui savait raconter des tranches de vie en montrant à son auditoire qu'il était des leurs. Et ses amis semblaient comme des poissons dans l'eau dans cette période faite de doutes vis-à-vis de la classe politique.

La métamorphose de la LCR avait marché. L'organisation d'Alain Krivine avait vu affluer dans ses meetings ces nouveaux visages de jeunes salariés qui s'identifiaient à la révolte portée par le postier de Neuilly-sur-Seine. Les médias commençaient à s'intéresser à ce nouveau phénomène qui ringardisait le PCF. Olivier Besancenot perçait électoralement, atteignant 4,27 % à la présidentielle de 2002. Face à un Parti socialiste KO, miné par ses luttes internes et incapable de sortir de son image de gestionnaire, le porte-parole du NPA a su capter tout ce qui bouge à gauche. On le voyait partout : dans les forums sociaux altermondialistes, à la sortie des usines menacées de fermeture, sur les estrades de la "gauche du non" en 2005, aux côtés des jeunes précaires, le "camarade Olivier" épousait toutes les causes radicales. La présidentielle de 2007 sera sa consécration : avec 4,08 %, il écrase tous ses concurrents de la gauche radicale, Marie-George Buffet, José Bové et Arlette Laguiller.

La LCR tient son champion et pousse les feux en créant un nouveau parti autour de lui. Mais avec des contours restés flous. Le texte fondateur explique que le NPA veut attirer ceux qui, "dans et autour des partis de la gauche institutionnelle, n'ont pas renoncé à changer la société". Mais le "camarade Olivier", lui, en donne une définition plus libertaire et mouvementiste : pour lui, il s'agit de "tourner la page du vieux mouvement ouvrier" et de regrouper "par le bas les héros de la vie quotidienne". Il pousse une stratégie qui l'isole. Finis les choix tactiques liés à ce que dit le PS ou ce que fait le PCF. "Il n'y a plus de place pour les réformistes", insiste M. Besancenot.

Terminées aussi les tentatives de regroupement à l'extrême gauche ; désormais, il faut "se représenter seuls". Le NPA se construit avec une nouvelle génération de militants qui haïssent le PS et attendent "Olivier" sur tous les fronts. Pourquoi douter puisque, porté par le vent de la crise, il apparaît dans tous les sondages comme le seul opposant à Sarkozy ? Malgré ce hiatus, les anciens - à l'exception de Christian Picquet - suivent, trop contents d'avoir trouvé leur leader messianique.

La réalité politique va cependant rattraper ces rêves de toute-puissance. Premier coup de semonce, les européennes où le NPA se fait distancer par le Front de gauche. C'est la "vieille gauche" - Marie-George Buffet et Jean-Luc Mélenchon - qu'ils avaient un peu vite enterrée que les militants voient passer devant. "On a été arrogant. On a sous-estimé l'effet politique de la sortie de Mélenchon du PS et on croyait le PCF mort", admet Pierre-François Grond, ancien bras droit de M. Besancenot. Les plus unitaires s'en vont. Les quelques figures de la gauche radicale que le NPA avait un temps attirées, comme l'ex-adjointe au maire de Paris Clémentine Autain, l'altermondialiste Raoul Marc Jennar ou le philosophe Michel Onfray, regardent désormais du côté de Mélenchon. L'affaire de la candidate voilée présentée aux régionales dans le Vaucluse va accélérer la crise, faisant fuir bon nombre de féministes.

Ayant perdu leur candidat naturel, les amis de Besancenot sont retournés à la marginalité politique avec des sondages qui les mettent à 0,5 % des intentions de vote. Le retrait du leader a servi de révélateur : sans lui, le NPA n'existe pas. "C'est Besancenot qui intéressait les électeurs pas le NPA", remarque Vincent Tiberj, chercheur à Sciences Po. En quelques mois, le parti a perdu plus de la moitié de ses adhérents. "Repli sectaire" ou "pulsion suicidaire", les anciens proches de M. Besancenot tentent de comprendre. Lui assure que le NPA et son espace politique "existent toujours". Mais il semble bien épuisé, un peu comme ces sportifs portés au pinacle, puis groggy après un combat perdu.

Sylvia Zappi

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