Résistance et désobéissance : une nouvelle radicalité pour les luttes ? (par Véronique Decker)

L'année scolaire 2008/2009 a été marquée par de nombreuses « réformes » de l’Éducation nationale : pertes sans précédent de postes, de fonctions, d’heures de cours… La destruction du service public est en marche et au pas de gymnastique.

Les structures habituelles de concertation et de paritarisme sont bafouées, et tous les enseignants apprennent les modifications au journal télévisé : suppression de la classe du samedi matin, mise en place d’une « aide individualisée », abandon des Réseaux d’aide aux enfants en difficulté (Rased).

Face à cette situation, l’apathie syndicale, en particulier celle de la FSU a d’abord stupéfait la plupart des militants de terrain. Quelques enseignants, reliés par des listes internet à caractère pédagogique, ont pris le relais d’initiatives d’action de résistance dès 2007/2008 : la Nuit des écoles, a invité les parents, les élus, les amis de l’école publique à dormir dans une école le 
3 juin 2008 : plus de 1 500 écoles vont participer à l’opération entre juin 2008 et avril 2009, l’idée se diffusant à son propre rythme partout en France. Les listes pédagogiques et culturelles vont relayer et même se substituer aux listes syndicales pour faire passer les infos et les actions.

En octobre 2008, une nouvelle étape est franchie avec l’appel à la résistance d’un enseignant : Alain Refalo. Militant de la non-violence, il met ses convictions politiques au service de ses idées : son appel touche de nombreux enseignants du premier degré, lassés des journées d’action et des manifestations promenades du week-end. Avec quelques poignées d’enseignants engagés par une déclaration de désobéissance ouverte, « Résistance pédagogique » va tenir tête au gouvernement pendant des mois et mener le débat dans la presse locale et nationale sur les réformes en cours davantage que les centrales syndicales nationales.

Dans le même temps, des directeurs d’école, des parents et des enseignants vont s’opposer à la mise en place du fichier « base élèves », clé de voûte d’un système de fichage qui identifie chaque élève et chaque parcours scolaire, de la maternelle à l’université, pour constituer un porte-folio qui se substituera sans élision possible au CV. Même situation générale : les syndicats sont apathiques, voire pour certains plutôt favorables à ce système. Assez rapidement, à partir des mêmes listes pédagogiques, un collectif se constitue, crée son site internet, et fédère plus de 2 000 directeurs d’écoles, organise des dépôts de plaintes de plus de 1 000 parents d’élèves et conteste jusque devant l’ONU le fichage généralisé des enfants.

À l’issue d’une année de résistance et de désobéissance, force est de constater que l’inertie syndicale a été secouée par ces mouvements, et que nombre d’élus syndicaux de base ont envoyé lettres et pétitions pour que les désobéisseurs soient défendus et que des actions efficaces soient entreprises pour contrer les « réformes » du gouvernement.

Les « procès » en cours n’ont abouti qu’à des sanctions jetées au hasard, aussitôt attaquées et contestées.

Le gouvernement a attendu l’été pour voir jusqu’où il pourrait frapper les « désobéisseurs » mais leur démarche éthique et courageuse force l’admiration de nombre de citoyens : Alain Refalo est invité sur le plateau des Glières, soutenu par les associations de résistants, la convocation d’Erwan Redon mobilise plusieurs centaines de personnes à Marseille en plein mois de juillet… Les sanctions financières pleuvent. Mais, loin de laisser indifférent, chaque sanctionné mobilise et des caisses de solidarité se créent un peu partout en France.

La place des militants du NPA est dans les mouvements de désobéisseurs. Même si évidemment nous ne sommes pas pour des actions « jusqu’auboutistes » et qu’à tout moment nous devons être capables d’analyser le rapport de forces pour faire les choix nécessaires, il faut partager l’engagement et la détermination des militants de ces mouvements.

Nous devons nous saisir de ces formes d’action, non pas pour les substituer à l’action syndicale, mais pour faire avancer les luttes et le rapport de forces.

Mais malgré la créativité évidente de ces mouvements, l’engagement courageux ne peut suffire à lui seul à construire un nouvel élan : il faut construire une mobilisation de tous, et en résistant pied à pied, et en organisant des initiatives créatives et populaires, et en reconstruisant un rapport de forces en défense de l’école publique.

Ensemble, forcément ensemble.

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