Théâtre : Amours et révolutions 

Avec sa pièce  « Antonio du Limousin ou théorie et pratique de la lutte révolutionnaire gagnante », Régis Vlachos dresse un portrait poétique et absurde du communisme. Après Avignon, il se produira à l'université d'été du NPA. 

 

Antonio, le révolutionnaire de ta pièce est un peu étrange, comme garçon. Tu ne lui ressembles pas un peu ?

Je ne sais pas trop comment répondre. Evidemment, à force de travailler un rôle, on doit défendre son personnage, aussi horrible ou con soit-il. Je suis certainement un peu con, mais pas aussi horrible qu’Antonio quand il veut faire le bonheur des autres contre leur gré, nationaliser les jardins privatifs alors que personne ne lui a rien demandé. Antonio est issu d’un famille communiste aveuglée par les mensonges sur les goulags, voire prête à les défendre. L’analogie entre la Lada familiale dans la pièce et le stalinisme est sublime : « On jette pas une voiture parce qu’elle fait un bruit suspect. Ça roule quand même et si le bruit du moteur dérange, on a qu’à se boucher les oreilles ou penser à autre chose… » Je suis issu d’une famille catho de droite. Pas de politique, de transmission de valeurs historiques à la maison, ou alors des banalités terribles. Donc rien à voir avec Antonio, qui a baigné là-dedans. Pour continuer sur mon parcours, par la suite, je vire à gauche, je rentre à la LCR, je joue en théâtre amateur et je deviens prof de philosophie. Et cette année, je décide de prendre une année de disponibilité pour intégrer à plein temps une école de théâtre à Paris. Je rencontre il y a un an, par hasard, un type sur le canal Saint-Martin, William Mathieu, qui écrit des pièces géniales : une troupe de comédiens qui décide de jouer Le Cid de Corneille dans un théâtre et qui apprennent qu’ils sont concurrencés par une troupe de sino-polonais voulant la jouer en 27 minutes. Il a aussi sous le coude En attendant Mouloud : l’auteur apprend un jour que le marché des funérariums va être confié au groupe Bouygues. C'est trois clochards qui attendent la mort, dont Mouloud. Et puis, Antonio du Limousin ou théorie et pratique de la lutte révolutionnaire gagnante. Je me jette alors sur ce texte et le projet de le monter pour Avignon. 

Alors justement, parle-nous de ce projet...

En gros, c'est un type qui est tout seul dans sa chambre et qui décide de faire une révolution pour séduire une fille. En fait, c'est une véritable guérilla urbaine dans la ville de Limoges ! Mais il doit aussi tuer symboliquement son père, sa mère et Staline. C'est superbement écrit, poétique, déjanté, comme on dirait aujourd'hui, et surtout très drôle. Ça représente ce que doit être pour moi le théâtre : d’énormes décalages, c'est-à-dire que l’on ne se contente pas de dire un texte, de jouer des émotions. On pousse la folie tout en restant sincère. Le job du comédien, c'est un peu ce que disait Staline pour d’autres raisons : « Voir jusqu’où il est possible d’aller trop loin ! » 

Et tu penses que c'est un texte militant ?

Ah non ! Sinon on n'est plus dans le théâtre ! C’est un texte politique, qui évite tout manichéisme. Au théâtre, on ne doit pas démontrer. On doit se contenter de montrer des choses originales sinon, la vie, la télé ou les autres arts suffiraient. Avec le metteur en scène Ariel Cypel, on a choisi le mode de la farce : la mise en abîme, en drame, en délire de choses politiques parfois sérieuses. La farce n’enlève rien au tragique. Et puis, avec l’autre comédien, Joris Barcaroli, qui est aussi un magnifique guitariste sur scène, on joue sur le rapport d’amour-haine, un peu le même rapport qu’Antonio entretient avec le communisme et cette fille qu’il attend. Viendra-t-elle ?

Propos recueillis par L.S.

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