C.L.R. James. La vie révolutionnaire d’un « Platon noir »

Matthieu Renault, La Découverte, 2016, 19,50 euros. 

C. L. R. James est connu surtout dans des milieux militants pour son livre les Jacobins noirs. Toussaint Louverture et la révolution de Saint-Domingue qui relate l’histoire de la révolte des esclaves noirs au lendemain de la Révolution française. Né en 1901 aux Antilles, à Trinidad, alors colonie britannique, mort à Londres en 1989, celui que le Times dénomma à la fin de sa vie le « Platon noir de notre génération » est une figure du mouvement révolutionnaire du 20e siècle qu’il aura traversé presque de part en part. Une vie riche et passionnante dont témoigne cette biographie signée Matthieu Renault.

Petit-fils d’esclave, il devint enseignant à Trinidad, puis s’installe dans les années 30 à Londres, où il rejoint le mouvement trotskiste tout en participant au mouvement panafricain. En 1938, il part aux États-Unis, et rejoindra en 1940 le courant « capitaliste d’État » en rompant avec le SWP. Il essaie alors de développer les bases de ce qu’il appelle un « marxisme noir ». Dans un texte intitulé  The Americanization of Bolshevism  paru en 1944, il se fixe l’objectif de donner aux principes universels du marxisme une forme adaptée aux spécificités du mouvement noir, mais aussi du mouvement ouvrier dans sa diversité, et plus généralement à la culture américaine. Pour lui, révolution socialiste et luttes anticoloniales-antiracistes sont intimement enchevêtrées : elles s’inscrivent dans l’horizon d’une « révolution mondiale » dont la source et le centre ne peuvent plus être l’Europe.

Arrêté par les services américains de l’immigration, il sera emprisonné durant quelques mois puis expulsé des États-Unis en 1953. Alors que l’Afrique est engagée sur la voie de la décolonisation, il se rend au Ghana en 1957 à l’invitation de son premier président Kwame Nkrumah, auquel il consacrera un ouvrage. Son travail se concentre sur les luttes de libération nationale et l’essor du mouvement noir, en particulier le Black Power.

Le récit de son travail militant, l’exposé de ses idées, de ses polémiques sont l’occasion d’autant de rencontres avec des figures marquantes du siècle passé.

Seuls deux de ses livres, l’un consacré à l’histoire d’Haïti et l’autre au mouvement noir aux États-Unis, ont été traduits en français : les Jacobins noirs. Toussaint Louverture et la révolution de Saint-Domingue (éditions Amsterdam) et la Question noire aux États-Unis : 1935-1967 (éditions Syllepse).

« En observant les vieilles sociétés qui s’écroulent et qui connaissent une crise profonde, je me dis que le seul moyen de s’en sortir est de bâtir une nouvelle société socialiste. En ce sens, mes opinions n’ont pas changé depuis 1934, l’année où j’ai rejoint la IVe Internationale. », écrit-t-il vers la fin de sa vie. Il n’a cessé de travailler à penser le marxisme, à le « traduire » dans la langue des peuples émergents, sur le terrain de l’histoire avec un regard d’une grande liberté qu’il s’était forgé à La Trinidad, à Londres ou à Chicago, autant de melting-pots des peuples. à travers aussi sa passion pour le cricket, ce sport importé par les Anglais, assimilé et transformé par les colonisés, et auquel il consacra un livre...

Yvan Lemaître

 

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