J’veux du soleil

Documentaire français de François Ruffin et Gilles Perret, 1h16 min, sorti le 3 avril 2019.

Que des fachos ? Des antisémites ? Une bande d’ultra-violents ? Les étiquettes pour délégitimer les Gilets jaunes ne manquent pas et ont été abondamment relayées. Le mérite du film de Gilles Perret et François Ruffin est de battre en brèche toutes ces caractérisations, en offrant un condensé du mouvement des Gilets jaunes tel qu’il est, à savoir tourné contre le fait de ne pas pouvoir vivre décemment, alors qu’une minorité s’empiffre, et contre le vernis démocratique d’une société où la majorité n’a pas voix au chapitre.

Ils et elles relèvent la tête

Début décembre, les deux réalisateurs ont dit chiche. Ils ont pris une caméra et sont partis en voiture faire leur tour de France des ronds-points occupés, de la Picardie aux Bouches-du-Rhône. Après un montage express, le film relate ce voyage en alternant les discussions sur les ronds-points et les entretiens faits avec des Gilets jaunes chez eux : des intérimaires, des retraitéEs, des petitEs artisanEs, qui ne s’en sortent pas. Pas toujours de quoi manger à la fin du mois. Pas de quoi se chauffer. Le film montre aussi la culpabilité et l’isolement social que cette pauvreté peut engendrer.  
Mais le documentaire ne tombe pas pour autant dans l’écueil du misérabilisme, car ces Gilets jaunes relèvent justement la tête. Pour beaucoup, c’est la première fois qu’ils et elles découvrent la lutte collective et se rendent compte que leur sort n’est ni inéluctable ni une question individuelle. L’émotion des témoignages se conjugue ainsi avec une véritable joie et une bonne dose d’humour, portées par l’espoir que ce mouvement a avivé, celui d’enfin « vivre et non survivre ».
Il est sûr que François Ruffin fait entendre sa petite musique : si un François « proche du peuple » remplaçait un Emmanuel « déconnecté », tous les problèmes seraient résolus… Mais le documentaire dépasse ses propres réalisateurs du fait de la force même de ce mouvement profond, combatif, déterminé.
J’veux du soleil est ainsi un outil militant dont il faut se saisir, notamment en direction de toutes celles et tous ceux qui ne sont pas – encore ? – en gilet jaune : attention, il est porteur du virus !

Boris Leto

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