À lire : Civilizations, de Laurent Binet

Roman, Grasset, 384 pages, 22 euros.

Ce roman paru en août dernier vient de recevoir le prix de l’Académie française. Et heureusement car lu dès sa sortie, je me suis rendu compte que je n’en avais pas parlé et que c’était dommage. Donc il fallait rattraper le coup.

Un voyage qui ne se passe pas comme prévu

Car c’est un roman original, historique à sa manière, un livre d’aventures, de voyages, de découvertes de terres, de cultures, de peuples, d’évènements et avec une dose d’humour, d’amusement même si ce n’est pas toujours évident.

Ça commence par les aventures des vikings d’Islande et du Groenland, qui naviguent vers l’Amérique du Nord. Ça se prolonge quelques siècles plus tard avec Christophe Colomb qui part de Lisbonne en 1492 pour « découvrir » l’Amérique, ou plus précisément pour la redécouvrir. Et puis ça part un peu en vrille. Le voyage ne se passe pas comme prévu, en tout cas pas comme l’histoire l’avait écrit. 

Pour l’Espagne ce n’est pas alors le début d’une conquête, d’une colonisation, d’un massacre. Colomb et ses collègues sont plutôt mal reçus. C’est raconté sous la forme d’un faux journal de bord. Les Incas finissent par prendre le dessus, s’approprient leurs navires. Colomb ne reviendra jamais chez lui. Et au contraire ce sont les Incas qui vont partir vers l’Europe qui va alors devenir le « nouveau monde ». Car tout s’inverse. Ce sont les Incas, avec l’empereur Atahualpa (personnage historique) qui va découvrir le continent, le conquérir d’une certaine manière.

Roman riche de références

C’est cette histoire qui nous est racontée, celle qui n’a pas eu lieu mais qui aurait peut-être pu se dérouler de cette manière. Ce n’est pas un colonialisme à l’envers, seulement une autre histoire avec les mêmes personnages historiques du 16e siècle (gouvernants, écrivains, religieux…) mais avec d’autres événements, d’autres guerres et d’autres conséquences.

Pas besoin d’être historien pour apprécier ce roman mais il est vrai que c’est mieux de connaitre un peu cette période sans ça on peut passer à côté de certains choses. Le roman est riche de références et de connaissances, il est basé quand même sur l’histoire réelle.

Au bout, on peut en retenir ce qui pourrait être la « morale » de cette histoire : que rien ne s’écrit d’avance, que la civilisation de l’ancien monde n’était pas forcément invincible, que le colonialisme aurait pu être empêché. Ou bien on peut confirmer une sorte de pessimisme, comme quoi l’histoire de l’humanité ce sera toujours des guerres, des massacres, si ce n’est pas les uns alors ce sont les autres qui conquièrent et dominent.

En tout cas, c’est un roman chouette à lire, stimulant et faisant au moins réfléchir sur l’histoire et la société.

Philippe Poutou

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