À lire : Economix (4e édition), de Michael Goodwin et Dan E. Burr au dessin

Éditions Les Arènes, 336 pages, dont 32 nouvelles pages, 24,90 euros.

Le 8 octobre, le grand auditorium de la Cité de l’Économie accueillait Michael Goodwin pour une conférence débat-autour des thèses développées dans la BD Economix qui est devenue, à juste titre, un best-seller. L’Anticapitaliste, qui avait critiqué la BD lors de sa première édition, était invité. Devant un parterre d’étudiants, l’auteur étatsunien a honnêtement reconnu quelques faiblesses.

L’économie en bande dessinée
Signe des temps : même les grandes écoles de commerce (ESPC, Dauphine) s’interrogent sur le capitalisme et ses crises à répétition. En collaboration avec la Cité de l’Économie, elles avaient donc invité l’économiste et historien étatsunien Michael Goodwin à présenter les thèmes développés dans la célèbre BD Economix1 et à en débattre.
Michael Goodwin a réussi, en 45 minutes et quelques planches issues de la BD, à résumer l’histoire de l’économie mondiale depuis les prémisses du capitalisme jusqu’à la mondialisation financière contemporaine, en s’interrogeant sur les causes profondes des grandes crises contemporaines (1929, 1987, 2008), en n’oubliant pas l’impact des guerres, et en expliquant pourquoi une nouvelle crise encore plus importante est inéluctable à très court terme.
Michael Goodwin, qui n’est pas marxiste mais plutôt keynésien, avait oublié dans sa présentation que la sortie de chaque crise s’était faite par le pillage des pays non impérialistes et l’exploitation forcenée et sauvage de leurs habitantEs de « 7 à 77 ans » en systématisant un quasi nouvel esclavage à l’échelle de la planète. Plus grave, ce pillage s’est également fait par la mise à sac mondiale de la nature jusqu’à un quasi point de non-retour. C’est ce que nous lui avons dit, en citant les travaux de Marx et Trotski2 sur le sujet, en ajoutant qu’on ne sortirait pas de l’impasse par un soutien à l’économie « réelle » contre la financiarisation mais bien par l’expropriation des banques et des grands groupes mondiaux pour transformer immédiatement l’économie et sauver la planète. Michael Goodwin, en bon intellectuel étatsunien3, a reconnu que la question écologique n’était pas assez développée dans ses travaux et qu’il fallait touTEs s’y mettre. Les professeurs des grandes écoles de commerce présents étaient consternés mais se sont tus. Comme quoi on peut faire passer pas mal de choses par la BD !

Sylvain Chardon

  • 1. Voir l’Anticapitaliste n°317.
  • 2. Marx est le premier théoricien sérieux de la soutenabilité écologique. Voir Daniel Bensaïd : « Marx, productivisme et écologie ».
  • 3. « Bon intellectuel étatsunien » n’est pas péjoratif, mais une réalité qui fait que les travaux économiques « made in USA » sont souvent supérieurs aux productions européennes.

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