À lire : Humanité végétale, de Mario Del Curto

Actes Sud, 480 pages, 49 euros. 

Mario del Curto, photographe lauréat du Prix Redouté 2018, nous invite à un voyage riche en découvertes, étonnements, contrastes et couleurs, fruit d’un « long périple photographique » : 10 ans d’exploration de notre planète façonnée par les plantes et les hommes, indissociables compagnons dont le lien indissoluble est fait de mille déséquilibres et d’harmonies incertaines. À travers ce périple, Mario Del Curto nous rappelle sa découverte de l’institut Vavilov à Saint-Pétersbourg, la plus ancienne banque de graines au monde, qui sera l’occasion du premier livre né de son extraordinaire voyage, les Graines du monde.

Un long voyage

Le premier chapitre du voyage, prologue des six autres qui structurent le livre, commence lorsque, « il y a 174 millions d’années éclot la première fleur », « Origine du vivant », après que les végétaux sont apparus il y a 350 millions d’années et bien avant que l’homme ne commence son aventure, il y a 10 millions d’années. « Des plantes et des savoirs » nous parle des savoirs populaires et paysans avant que ne naissent la botanique et l’agronomie, parcours à travers les jardins botaniques « Musées vivants »

Puis ce sont de magnifiques parcs, « Miroirs du monde », miroirs des classes dominantes comme les villas italiennes, ces jardins « symboles de la puissance des possédants » ou « les jardins extraordinaires portugais », avant que ne surgisse le monde moderne où la concentration urbaine s’emballe. « Espace et pouvoir » se confrontent alors, symboles de la rupture avec la nature qui menace l’humanité. Mais « une nouvelle pensée émerge, qui place le vivant au cœur du futur en lieu et place du progrès capitaliste qui génère non seulement la précarité sociale mais aussi la destruction rapide des écosystèmes. » Le terrible combat du végétal contre le béton qui pousse « les Jardins sur les toits » ou des « jardiniers sans nom » à, partout dans le monde, faire fleurir la nature… Jusque dans « le dernier Jardin » ou « les Jardins utopiques »… Dernière étape, « Sciences, agronomie, nourriture » nous fait découvrir comment la grande bleue a pu devenir verte grâce à la chlorophylle qui, en transformant l’énergie solaire, relie le monde vivant au monde minéral… Un vaste itinéraire à travers lequel Mario Del Curto nous fait partager son « plaisir de la rencontre », accompagné par des essais de John Brinckerhof, Charles Soubeyran, Patrick Gyger, Edward Farmer, F. Felber. Un bel ouvrage que l’on a envie d’offrir, de partager pour partager son attention au monde, leçon d’humilité face à la nature, sa philosophie de l’unité du monde vivant qui l’habite et nous donne envie de cultiver notre jardin…

Yvan Lemaitre 

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