À lire : le Venin dans la plume, de Gérard Noiriel

Édouard Drumont, Éric Zemmour et la part sombre de la République, éditions la Découverte, 240 pages, 19 euros. 

Le dernier livre grand public de l’historien Gérard Noiriel dresse une comparaison entre les discours et contextes de production de Drumont et Zemmour. Une démarche pas si simple, et de nombreux points des raisonnements de Noiriel mériteraient une discussion sans doute plus approfondie. Mais l’intérêt de l’ouvrage est d’exposer comment nombre d’obscénités nationalistes et racistes de Drumont a priori mises au ban de l’espace public se retrouvent – édulcorées ou pas – diffusées par Zemmour dans le cadre de la banalisation des discours réactionnaires.

Le cauchemar de la « grammaire » identitaire

Les cris sur les usages de la langue française, les crises d’apoplexie sur les prénoms des uns et des autres, les conneries sur « la dégradation des mœurs », des romans de Zola au cinéma contemporain et des colonnes de Buren à la Tour Eiffel : Zemmour n’invente pas grand-chose. À l’instar de Drumont, il passe son temps à répéter des « poncifs énoncés bien avant lui ». Bainville, Maurras, Bernanos ou Le Pen surgissent dans les analyses de Noiriel, montrant que les attaques de Zemmour contre les musulmanEs reprennent la « grammaire » de Drumont et que son antisémitisme n’en est pas si éloigné. 

Alphonse Daudet paye pour l’impression de la France juive, le brûlot de Drumont, avant que tous les grands éditeurs n’ouvrent leurs portes au chef de file des antisémites à la fin du 19e siècle. Grasset, Albin Michel, Denoël, Plon, Le Livre de Poche, Fayard font de même pour Zemmour depuis plus de 20 ans. Et il peut se prévaloir de prix littéraires accompagnés de grosses campagnes publicitaires pour faire vendre sa marchandise nationaliste. Ces efforts permettent que le Suicide français de Zemmour figure parmi les best-sellers de l’année 2014, mais c’est celui qui a été le moins lu : 93 % de ceux ayant acheté la version numérique ne l’ont pas fini. 

Chris Miclos

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