À lire : Petite histoire du gaz lacrymogène, d’Anna Feigenbaum

Éditions Libertalia, 336 pages, 17 euros.

Chercheuse et militante contre les exactions policières, Anna Feigenbaum fait un récit de l’usage des lacrymogènes principalement concentré sur l’empire britannique et l’industrie de l’armement étatsunienne à partir de l’entre-deux-guerres. Un parcours dans l’univers de la répression et de sa dénonciation, aussi une narration des soulèvements dans ces espaces. 

Opprimer, réprimer et punir

Les historiens de la guerre chimique suggèrent que la police française travaillait avant 1914 sur ces gaz destinés aux barricadiers. Largement employés durant cette guerre, leurs horreurs suscitent une large réprobation. Pourtant, après 1918, les industriels étatsuniens épluchent fébrilement la presse à la recherche de grèves pour écouler leurs armes anti-ouvrières à létalité réduite. Amos Fries, l’un des principaux promoteurs du gaz, est un militaire membre du KKK. 

La répression dans l’Inde coloniale en ébullition ne tient pas compte de l’opinion publique et des accords internationaux opposés à ces armements gagnant droit de cité. La suite de l’histoire montre qu’ils ne servent pas à désarmer ou faire baisser la tension mais à punir. Les quantités utilisées et les violences sont telles qu’elles en viennent même à traumatiser certains flics employant contre les humains des substances, telles les gaz poivre, utilisées pour contenir l’agressivité de chiens.

 « Fusils » et « mitrailleuses lacrymogènes »

L’explosion de la grenade lacrymogène est potentiellement mortelle. La faute aux tirs tendus ? Anna Feigenbaum montre que ces armes ont originellement été conçues en « tant qu’armes à feu de courte portée » visant les têtes et ont été expérimentées comme telles. Le fusil lacrymogène est devenu un « lanceur », et la mitrailleuse un « multilanceur » : un symbole de toute une com’ faite par les boîtes de l’armement, s’en sortant souvent avec les lauriers des appareils d’État et au pire avec des amendes et des arrangements à l’amiable.

Après 2000, c’est le Brésil de Lula qui est devenu l’un des principaux producteurs mondiaux des armements anti-émeutes. En 2011, année notamment des révolutions arabes, les ventes de gaz lacrymogène auraient triplé au niveau mondial. Le marché se sera, sans doute, très bien porté à l’automne 2019. S’en prenant aux corps des pauvres et à la classe ouvrière, les capitalistes se servent des gaz asphyxiants pour faire du profit mais surtout réprimer oppositions et révolutions : à nous de renverser leurs États c’est-à-dire leurs bandes armées. 

Chris Miclos

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