À lire : Récidive : 1938, de Michaël Fœssel

Presses universitaires de France, 192 pages, 15 euros. 

Ce livre parle d’une interrogation, d’une inquiétude plus que d’une explication. L’idée est que la période que nous vivons, une société brutale, une omniprésence des idéologies réactionnaires, xénophobes et racistes, rappelle fortement les années 1930, marquées par les fascismes et l’antisémitisme. Est-il possible de revivre ou sommes-nous en train de revivre une ­catastrophe comparable ? 

« De quoi les années 1930 sont-elles la manifestation ? »

Pour Michaël Fœssel, il n’est pas question de faire un parallèle. D’ailleurs il part du principe que « la différence des temps fait que les choses ne se répètent jamais à l’identique dans l’histoire ». Donc ce qui était possible dans les années 1930 et ce qui a suivi ne le serait plus aujourd’hui. On peut être d’’accord mais… que signifie vraiment « pas possible » ? Car on ne peut se rassurer aussi facilement. L’inquiétude demeure. Le fait est qu’il y a de nombreux signaux qui nous rappellent les années 1930. Et donc comme il est difficile de se dire avec certitude que « le retour aux années 30 est impossible » la question devient pour l’auteur « De quoi les années 1930 sont-elles la manifestation et en avons-nous ­définitivement fini avec cela ? »

Il s’est donc penché sur l’année 1938. « C’est une rencontre et plus qu’une étude » : il s’agit de comprendre aujourd’hui en regardant 1938. Et il le fait d’une manière particulière, presque amusante (il y a aussi un regard ironique), au travers de la presse écrite quotidienne au fil des semaines et des mois : des journaux comme Paris-Soir, le Petit Parisien, de gauche comme l’Humanité ou le Populaire, de droite comme le Figaro, d’extrême droite comme l’Action française ou Je suis partout.

Les évènements de l’année sont suivis de cette manière. Une très bonne façon, effectivement, de sentir l’ambiance du moment. Au travers des informations comme l’annexion de l’Autriche, l’accord de Munich, la Nuit de Cristal ou la démission de Blum, les décrets-lois (ordonnances de l’époque) s’attaquant aux acquis sociaux, la répression brutale des grèves, on perçoit bien l’antisémitisme violent, la volonté de revanche des possédants sur les ouvriers, la haine de 1936… Le livre est vraiment intéressant, stimulant pour la réflexion. Au total, il confirme quand même nos inquiétudes sur un « retour » possible du fascisme mais peut-être en comprenant mieux pourquoi.

Philippe Poutou

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