À lire : Spirou, l’espoir malgré tout (deuxième partie)

Bande dessinée, scénario et dessin Émile Bravo, éditions Dupuis, 90 pages, 16 euros.

En général, les séries à succès connaissent des « reprises » pour continuer les aventures et le « business » (voir XIII, Blake et Mortimer, Astérix, etc.) et/ou des « préquel » qui se situent avant le début initial de la série (« La jeunesse de… »). Le cas de Spirou est unique car on a, à la fois le préquel (Le petit Spirou) et les reprises (nombreuses dont celles, magiques, de Franquin puis Fournier), et le cas Émile Bravo. Ce dernier s’est mis en tête de remplir le trou noir dans l’historiographie des personnages créés par Rob Revel en 1938 pour Dupuis. Qu’ont bien pu faire Spirou, Fantasio et le petit écureuil Spip pendant la Seconde Guerre mondiale et l’occupation nazie de la Belgique ? Commencé en 2008 avec le Journal de l’Ingénu et poursuivi avec la première partie de L’Espoir malgré tout1 où les héros sont confrontés à l’attente de la catastrophe, puis à la guerre et à l’Occupation. 

Au cœur de l’enfer

À la fin de la première partie de « L’Espoir », nous avions laissé Spirou tenter de convaincre son ami Fantasio de sauter du train qui devait l’amener travailler en Allemagne dans une usine d’armement. Il y parvient mais se pose alors la question de la survie de nos héros au milieu des privations et des humiliations. Émile Bravo s’est directement inspiré de Jean Doisy, le directeur des éditions Dupuis pendant l’Occupation. Confronté à la censure de l’occupant et des collaborateurs belges, il transforma le journal en troupe de théâtre ambulante, « Le Farfadet », où les aventures de Spirou purent se poursuivre sous la forme de marionnettes. C’est ce que font donc nos amis avec la complicité d’artistes juifs (Félix et Felka), d’un prêtre en délicatesse avec la position officielle de l’Église et d’un mystérieux mécène qui n’est autre que le chef d’un réseau de résistance qui se sert du théâtre pour communiquer entre villes et villages. 

Un peu plus loin vers l’horreur

Dans notre chronique de la première partie, nous remarquions : « Bravo devra faire des prodiges pour garder son sens de l’humour et des gags. » Ne le cachons pas : quand la répression des nazis et la traque des juifs et de leurs enfants s’intensifient de jour en jour, les gags cèdent la place au désespoir et surtout à la lutte (difficile avec les gaffes à répétition de Fantasio). Émile Bravo ne cache rien du comportement scandaleux de simples citoyens belges mais aussi de la rivalité entre Rexistes (collabos wallons) et Brigadistes noirs (collabos flamands).

Spirou se désespère de retrouver son amie juive Kassandra déportée en Pologne et ne voit pas comment lui venir en aide. Une nouvelle rafle de gamins juifs dans son quartier va le conduire au pire. Échouant dans sa tentative pour les libérer, il se laisse embarquer dans le train pour Auschwitz. Fin de la deuxième partie.  

Certains grincheux pourront dire qu’Émile Bravo s’écarte un peu trop du caractère et des aventures époustouflantes du Spirou traditionnel, mais nous y gagnons un réalisme et un humour subversif où Spirou berne un curé traditionaliste, les gendarmes, les miliciens et les « braves gens » collabos. On nous présente des gamins farceurs qui mènent la vie dure à l’occupant. Le tout avec une mise en page très « ligne claire », où les couleurs deviennent de plus en plus austères avec la montée du drame, d’où il sortira forcément vivant. Mais comment et avec qui ? À suivre…

Sylvain Chardon

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