Trois bonnes raisons de ne pas aller voir « J’accuse » de Roman Polanski

Film franco-britannico-polonais, 2h12, sorti le 13 novembre 2019.

Lire un livre ou voir un film relève d’un choix personnel mais il est important, face à une œuvre, de ne pas oublier qui en est l’auteur quand celui-ci s’est distingué par des positions ou des actes insupportables. 

Assimilation honteuse et errements historiques

C’est le premier problème face au J’accuse de Polanski, d’autant que celui-ci a honteusement assimilé les iniquités dont a été victime Dreyfus aux dénonciations pour violences envers des femmes dont il a fait l’objet à plusieurs reprises. La jeunesse de Polanski a certes été marquée par la persécution des juifs par les nazis et le ghetto de Varsovie, dont il est un survivant, mais ce n’est pas le propos du film…

Un deuxième problème est que, contrairement à ce qui est annoncé au tout début du film, le scénario n’est pas fidèle aux évènements historiques. Polanski a réalisé une œuvre de fiction, inspirée d’un roman écrit par Robert Harris, reporter et réalisateur à la BBC puis auteur de « thrillers historiques ». Le livre a été publié en 2012 et, comme le signale l’historien Gilles Manceron sur Mediapart1, son auteur a reconnu lui-même avoir « adapté les faits », expliquant qu’« un romancier peut imaginer les choses autrement ». C’est effectivement son droit, mais cela n’autorise pas Polanski à se draper dans une pseudo-vérité historique. Le film tourne essentiellement autour du colonel Picquart, dont le rôle dans l’affaire est considérablement enjolivé et amplifié. Le problème réel de Picquart, c’est la préservation de « l’honneur » de l’armée (qui risque d’être atteint par la fuite éventuelle d’une machination maladroite) et non l’innocence de Dreyfus. Plutôt antisémite, il ne s’est engagé publiquement que parce que sa carrière et sa sureté personnelles étaient en jeu. Contrairement à ce qui est montré dans le film, il ne s’est jamais mêlé aux dreyfusards. Ceux-ci sont d’ailleurs largement absents du film, qui ignore la large mobilisation autour du cas de Dreyfus face à la réaction nationaliste et cléricale. Comme le souligne Manceron, l’affaire est réduite à des histoires d’espions, d’indics et d’experts en analyses graphologiques et à des conflits entre officiers.

Enfin, en dépit du jeu d’acteurs de qualité, le film est une assez plate et convenue illustration historique en costumes et dans de beaux décors. Certes, d’autres (comme Gilles Manceron lui-même), bien que critiques des autres aspects du film, lui ont trouvé des qualités cinématographiques. Sur ce seul point, à chacun sa vérité.  

Henri Wilno

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