À voir : la Cordillère des songes, de Patricio Guzman

Documentaire franco-chilien. Sorti le 30 octobre 2019 (1 h 25).

Patricio Guzman, cinéaste chilien exilé à Paris depuis le coup d’État en 1973, est d’abord connu pour sa trilogie la Bataille du Chili, qui décrivait l’expérience du gouvernement Allende, l’offensive de la bourgeoisie et le coup d’État. Il a toujours maintenu un lien fort avec son pays. Ses deux derniers films (Nostalgie de la lumière, le Bouton de nacre) entremêlaient évocation d’une région du Chili (respectivement le désert d’Atacama et les archipels du Sud), de son passé indien et de la mémoire des victimes de la dictature.

Héritage pinochetiste

Dans ce nouveau film, il y a d’abord de magnifiques images de la Cordillère des Andes dont l’altitude et la massivité font d’une large part du long ruban que constitue le territoire chilien une île isolée du reste du continent. Mais le principal intérêt du film est le retour sur les 30 ans d’histoire depuis le départ de Pinochet de la direction de l’État (1989-1990). Le dictateur a, d’une certaine façon, créé un nouveau Chili qui perdure encore aujourd’hui avec le pouvoir d’une oligarchie privilégiée et les politiques néolibérales. Les crimes de son régime sont bien souvent présentés comme des excès, des erreurs tandis qu’est glorifiée sa politique économique largement poursuivie ensuite.

À travers les interventions de sculpteurs, d’un écrivain et d’un cinéaste, Patricio Guzman démonte les faux-semblants de la démocratisation et montre la présence maintenue de l’héritage pinochetiste et, surtout, la lutte permanente du peuple pour l’ébranler malgré la répression policière. Guzman fait largement appel aux images et au témoignage de Pablo Salas qui a filmé toutes les manifestations chiliennes depuis les années 1980 (du moins celles de Santiago) et a réalisé des centaines de vidéos. Ce qui se passe aujourd’hui au Chili s’inscrit donc dans cette continuité des mobilisations et, cette fois-ci par son ampleur, peut peut-être permettre d’en finir définitivement avec les miasmes de la dictature.

Henri Wilno

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