Tribune : Pourquoi nous n’appellerons pas à voter pour LO aux élections européennes

Les articles de la rubrique Idées n’expriment pas nécessairement le point de vue de l’organisation mais de camarades qui interviennent dans les débats du mouvement ouvrier. Certains sont publiés par notre presse, d’autres sont issus de nos débats internes, d’autres encore sont des points de vue extérieurs à notre organisation, qui nous paraissent utiles.

Le Conseil politique national du NPA a décidé majoritairement d’appeler à voter pour la liste présentée par Lutte ouvrière. CertainEs camarades considèrent qu’elle est « la seule qui se situe, comme nous, sur le terrain de la défense du monde du travail, de ses luttes et de l’internationalisme » et que « nous agissons ainsi dans la continuité de notre politique de rassemblement des anticapitalistes et révolutionnaires et de notre démarche vis-à-vis de LO pour une liste commune ».

D’autres estiment que cette consigne n’est « pas un élément central de notre expression jusqu’aux élections européennes, au vu notamment de la place qu’occupe à cette étape ces échéances électorales ». Mais que, « après avoir travaillé durant plusieurs mois à une campagne commune avec Lutte ouvrière, malgré le sectarisme de cette organisation qui a refusé notre proposition et l’aspect très identitaire de leur campagne européenne, nous sommes favorables à une consigne de vote en faveur de la liste présentée par LO ».

Pour une partie d’entre nous, pressentant, à juste titre, que cela nous enfermerait dans un tête-à-tête aussi exclusif que stérile, nous n’étions pas favorables à la recherche d’une liste commune avec LO. D’autres, sans être hostiles à la recherche d’un accord, tenaient à ce qu’il intègre l’essentiel de ce que le NPA considère comme central dans la période politique que nous traversons.

Or, cet épisode a confirmé, outre le refus de LO, l’impossibilité d’une campagne commune.

Une campagne européenne ne peut se contenter de dénoncer « l’Europe du capital » et « la tentation du repli sur soi ».

L’exemple de la Grèce avait montré la nécessité, pour toute rupture même limitée avec l’austérité, de préparer et d’assumer l’affrontement avec les institutions européennes. Aucun projet d’émancipation dans un pays de l’Union européenne ne peut esquiver la confrontation avec ses institutions, traités et règlements dont LO ne dit pas un mot. L’exemple italien, parmi d’autres, illustre les dangers mortels d’un rejet réactionnaire, raciste et xénophobe de l’UE. Mais une campagne politique ne peut se réduire à affirmer : « Contre le grand capital, le camp des travailleurs ». Elle devrait servir de haut-parleur à cette Europe des résistances et des alternatives, des exploitéEs et des oppriméEs.

Des luttes communes existent : pour l’accueil des migrantEs, la liberté de circulation et d’installation, contre les grands projets productivistes, nucléaires ou extractivistes, pour la souveraineté alimentaire et une agroécologie paysanne, la grève pour les droits des femmes et contre les violences sexistes et homophobes, les marches et grèves scolaires pour le climat... Mais là encore, le bât blesse. Car pour l’essentiel LO ignore ces mobilisations, qu’elle juge secondaires, périphériques à ce qu’elle considère comme « le camp des travailleurs ».

Il y a certes une différence entre « campagne commune » et consigne de vote.

Mais la situation s’est sensiblement modifiée au cours des dernier mois. Avec les Gilets jaunes, elle conjugue l’émergence sur la scène politique et sociale de nouvelles couches du prolétariat, en particulier des femmes jusqu’alors peu ou pas visibles, une rupture avec les formes de mobilisations populaires antérieures et une recherche radicale de démocratie réelle et d’auto-organisation. Dans le même temps une nouvelle génération d’activistes, pour le climat ou féministe… est en train de naître. Dans ce contexte, à la fois prometteur et complexe, être utilement anticapitalistes, c’est à la fois construire ces mobilisations, aider à leur convergence et travailler à construire, à partir d’elles et avec elles, une perspective émancipatrice, féministe, écosocialiste, internationaliste.

Autant de tâches qui ne peuvent se limiter à « affirmer les perspectives communistes ».

Des camarades peuvent penser que ce n’est pas grave, que bien peu de celles et ceux avec lesquelEs nous militons s’intéressent aux européennes et moins encore à notre consigne de vote... Ce n’est pas faux !

Il n’en reste pas moins que pour les plus politiséEs et/ou curieux, cette association avec Lutte ouvrière obscurcirait l’image à la fois radicale, unitaire et ouverte du NPA qui peut lui permettre de prétendre jouer un rôle utile.

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