« Dieu merci, les faits sont prescrits »

Les articles de la rubrique Idées n’expriment pas nécessairement le point de vue de l’organisation mais de camarades qui interviennent dans les débats du mouvement ouvrier. Certains sont publiés par notre presse, d’autres sont issus de nos débats internes, d’autres encore sont des points de vue extérieurs à notre organisation, qui nous paraissent utiles.

Tels sont donc les mots prononcés par le cardinal Barbarin, lors d’une conférence de presse tenue le 15 mars à Lourdes (ça ne s’invente pas !), au sujet des multiples viols d’enfants (dont 60 au moins pour un seul prêtre…) qui ébranlent l’Eglise catholique et pour lesquels le « primat des Gaules » fait l’objet d’une enquête préliminaire pour « non dénonciation de crime ».

La vérité est que le haut prélat de « la fille aînée de l’Eglise » a de vrais gros ennuis. Après avoir affirmé, au sujet de la première affaire dévoilée publiquement, qu’il n’avait eu connaissance des accusations qu’à l’été 2014, il a reconnu en avoir été informé « vers 2007-2008 ». Depuis, on a appris par l’avocat du mis en examen (lequel n’a été relevé de ses fonctions qu’en août 2015) que « les faits étaient connus par les autorités ecclésiastiques depuis 1991 ». Commentaire de Barbarin : « j’observe d’ailleurs que plusieurs mois d’enquête de police n’ont conclu à aucun acte délictueux récent, ni même depuis 1991 ». Dans une seconde affaire (les plaintes et les affaires s’accumulant…), non seulement il n’avait pas informé la justice mais avait maintenu l’accusé dans ses fonctions car, dit-il, « ce qui me semblait de ma responsabilité était de savoir comment ce prêtre vivait cette difficulté ».

Le cardinal peut néanmoins se rassurer sur un point : il bénéficie toujours du soutien total de son institution. Les plaignants – des catholiques fervents – qui ont demandé à être reçus par le pape (et que « le message de tolérance zéro du pape François vis-à-vis de la pédophilie se traduise en actes ») n’ont d’ailleurs pas reçu, à ce jour, de réponse. Pourquoi un tel soutien ? D’abord, parce que lorsqu’elle se trouve menacée, l’Eglise doit faire bloc. Ensuite et surtout, parce que ce qui l’unit sur le fond est bien plus fort que tel ou tel « dérapage ».

L’archevêque de Martinique, un certain David Macaire, a livré son explication : « on ne l’attaque [Barbarin] que parce qu’il a soutenu La Manif Pour Tous… Ou parce qu’il y a un intérêt quelconque à diaboliser encore et encore l’Eglise catholique. »

Eh oui, l’individu en question, en bon représentant de son institution, a été ces dernières années à la pointe de tous les combats les plus réactionnaires. Dès 2012, il déclarait que « le mariage pour tous » était un « mensonge d’Etat », ouvrant la voie à la polygamie et à l’inceste (« après, ils vont vouloir faire des couples à trois ou à quatre. Après, un jour peut-être, l’interdiction de l’inceste tombera »), en consacrant « le droit de l’adulte sur le droit de l’enfant, le droit du plus fort sur celui du plus faible ».

Combat contre l’égalité des droits au mariage, combat aussi – et de longue date – contre l’IVG et les droits des femmes. « Le plus grand drame que vit la France aujourd’hui, c’est le fait qu’il y a 200 000 petits français qui meurent chaque année », déclarait-il en 2013. Puis en 2014, lors de sa participation à une (soi-disant) « Marche pour la vie » : « A l’origine, en 1975, c’était pour des situations de grande détresse. Maintenant, il s’agit d’un droit. On dit très tranquillement que chacun peut disposer de son corps… »

Philippe Barbarin est cependant renommé pour une politique « d’ouverture » : celle qu’il manifeste envers les autres religions. Ses coude-à-coude avec des pasteurs, rabbins et imams dans les « manifs pour tous » sont en cohérence avec la démarche qu’il a toujours manifestée jusque là. « C’est le recteur de la Grande Mosquée de Lyon, Kamel Kabtane qui a remis au cardinal Barbarin les insignes d’Officier de l’ordre national du Mérite le 10 décembre 2007 en s’exclamant : "Monseigneur, vous êtes mon frère !" » (nous dit Wikipédia…). La même source rappelle qu’« en 2008, il publie "Le Rabbin et le Cardinal, Un dialogue judéo-chrétien d’aujourd’hui", avec le grand rabbin Gilles Bernheim. En janvier 2014, il reçoit le prix du rapprochement des communautés par l’Union des patrons et des professionnels juifs de France ».

C’est l’occasion de rappeler que, si nous respectons naturellement les sentiments religieux des gens, les religions en tant qu’institutions – les Eglises, toutes les Eglises – restent des bastions de la réaction, de la répression et négation des droits des femmes, des LGBTI, des travailleurs, des peuples. Nos ennemis.

Jean-Philippe Divès

 

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