Mariage pour tous : l’égalité des droits, enfin ?

Le débat parlementaire s’est terminé avec le vote de l’ouverture du mariage et de l’adoption pour les couples de même sexe. S’il s’agit d’une avancée, le chemin est encore long vers l’égalité légale totale entre les LGBTI et les autres.
Alors que la fin de la ségrégation n’a pas mis fin au racisme, alors que la légalisation de l’IVG et la disparition du « salaire féminin » n’ont pas mis fin au sexisme, il ne faut pas perdre de vue que l’égalité des droits ne mène pas à l’égalité réelle sans destruction du système dont découle l’oppression.
Déjà au cœur de la Marche des fiertés 2012, le sujet du mariage aura traîné un an, permettant en la légitimant sous le prétexte du « débat démocratique » la libération de l’homophobie de masse. Et depuis le début de ce « débat », le harcèlement psychologique auquel ont été soumiSEs les LGBTI, les injures, menaces, insultes incessantes et complaisamment relayées dans les médias, s’est concrétisé par l’explosion des appels de détresse reçus par SOS Homophobie. 
Ces dernières semaines, devant l’imminence du vote, c’est sous toutes ses formes que l’homophobie s’est déclinée : populisme fascisant, avec la récupération des luttes pour l’emploi (affiches : « La priorité c’est Aulnay pas le mariage gay », « on veut du boulot, pas le mariage homo »), mais aussi destruction de biens associés à la communauté LGBT (devanture du « Printemps des associations LGBT » vandalisée à Paris, bars gays attaqués à Lille, Lyon et Bordeaux), et surtout les agressions, que ce soit dans des bars, dans la rue, à Paris, à Nice, ou encore dans des collèges comme en Isère.

Une première victoire
Nous pouvons être fièrEs, car cette victoire contre l’homophobie et la haine, nous l’avons gagnée grâce au combat pour l’égalité légale menée par les LGBTI depuis de nombreuses années. Mais nous ne devons pas nous contenter de cette loi a minima. C’est pourquoi une partie de la communauté LGBT, notamment autour d’Act Up, pointe la responsabilité du gouvernement et rappelle l’abandon de la PMA. Ces derniers, initiateurs d’un front uni, ont rempli la place de l’Hôtel-de-Ville de Paris le 10 avril, puis celle de la Bastille le 21 avril. En régions, des initiatives pour le vote de la loi, à Montpellier, ou pour empêcher les manifs anti-mariage à Poitiers, prouvent que, nulle part, la rue n’est abandonnée aux homophobes.
Ceux-ci se radicalisent et se posent en victimes innocentes de l’État policier soumis au « lobby gay » (car il est bien connu que les forces de l’ordre sont particulièrement bienveillantes avec les LGBT…). Si leurs manifestations prennent un air de chant du cygne avec une affluence certes importante mais sans commune mesure avec les démonstrations de force d’il y a quelques semaines, il est à craindre que leur frustration ne retombe sur les LGBT elles/eux-mêmes. 
Au cœur de la réponse à l’homophobie, la question de l’autodéfense doit alors être entendue dans un sens très large. Il ne s’agit pas pour les LGBT de se promener avec des bombes lacrymogènes, mais, avant tout, d’en finir avec l’indifférence générale dans laquelle se déroulent les agressions homophobes. Il s’agit d’assurer enfin une réelle solidarité, des LGBT entre elles/eux, des hétéros avec les LGBT, dans l’optique de l’unité de notre camp social, celui des classes populaires et du monde du travail.

Chloé Moindreau

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