Manif pour tous : grandes et petites manœuvres à droite

Quelles que soient les polémiques de chiffres, les réacs ont rassemblé 150 000 personnes d'après la police, un million d'après les organisateurs. Moins de monde que lors des dernières manifs, mais cependant une démonstration de force de tout ce que le pays compte de réacs… La « manif pour tous », l'UMP (ou une partie d'entre elle à l'appel de Copé), le FN, l'extrême droite fascisante, l’Église ou les intégristes de Civitas… tous étaient là !
Frigide Barjot avait pris prétexte de prétendues menaces de groupes fascisants pour ne pas rejoindre la manifestation qu'elle soutenait bien évidemment sans réserve. Elle souhaitait surtout prendre ses distances par rapport à tous ceux qui essayent de récupérer la mobilisation des milieux réactionnaires au profit de leurs propres ambitions. La meilleure façon de ne pas servir de marchepied à Copé and co était de rester au-­dessus de la mêlée. Frigide Barjot se sent pousser des ailes politiques et ne veut pas se laisser voler son propre succès, pas plus par les vieux messieurs de l'UMP que par les jeunes fachos. Elle veut garder son indépendance pour jouer son propre jeu à l'approche des prochaines élections municipales.

Le leadership de la réaction
Copé s'est démultiplié pour lui voler la vedette, dénonçant les « tentatives inacceptables de pression et d’intimidation » du gouvernement pour annoncer : « le prochain rendez-vous sera dans les urnes ». Rendez-vous donc pour les élections municipales… et à l'UMP : « Il est très important que ces centaines de milliers de Françaises et de Français qui ont eu un engagement sociétal le transforment en engagement politique, au sens noble du terme ». Henri Guaino avait aussi soigné sa propre mise en scène. Il était là pour ne pas donner « un chèque en blanc » au gouvernement et aller « plus loin »…
Du côté des amis de Fillon, la pose était tout autre, celle de républicains respectueux de la loi et de l'ordre… Alain Juppé ne « conseillait pas de manifester », pas plus que Fillon, Luc Chatel, Bruno Le Maire ou Nathalie Kosciusko-Morizet…
Marion Maréchal-Le Pen, à laquelle Marine Le Pen avait laissé la place, s'est félicitée du « succès » de ce « mouvement patriote » qui allait « probablement perdurer sur d'autres thématiques », alors que les groupuscules fascisants essayaient de se faire voir par tous les moyens.
Toutes les composantes de la droite et de l'extrême droite considèrent cette manif comme un tremplin vers d'autres actions et mobilisations contre le gouvernement et pour élargir leurs influence tout en se disputant le leadership.
« Cette manifestation vise à contester une loi votée par le Parlement et ratifiée par le Conseil constitutionnel, donc, si chacun a le droit d’aller manifester, on n’en voit pas bien ni le sen, ni le but », avait déclaré Valls dans le même temps qu'il s'adressait « aux familles et aux enfants ». De toute évidence, ses efforts conjugués à ceux d'Ayrault ou d'Harlem Désir pour dissuader de manifester, en dramatisant ou en appelant au respect de l'ordre républicain, ont été impuissants à intimider la droite extrême et l'extrême droite.
La seule force capable de les faire reculer est celle du monde du travail, rassemblé et mobilisé pour défendre ses propres intérêts sociaux et démocratiques, ceux de toute la population, contre les forces réactionnaires.

Yvan Lemaitre

Licence créative commons

Nos articles sont publiés sous licence Créative Commons. Voir les détails.